Elle n’acheva pas sa phrase... L’ombre du souvenir passait sur elle, et Noël en fut effleuré. Il regarda Josanne avec des yeux troublés tout à coup, embués d’émotion, et elle le sentit, non pas curieux, mais anxieux jusqu’à la souffrance.
Elle se leva.
—Maintenant, dit-elle, je vais préparer le thé. Mettez Dominique dans la bibliothèque... C’est ça, la bibliothèque... ces deux étagères, là... Il y sera en bonne compagnie, vous verrez.
Elle passa dans la pièce voisine, et Noël l’entendit remuer des tasses et des cuillers. Pensif, il examina les livres, lisant les titres tout haut:
—Manon Lescaut, les Confessions, Adolphe... Et beaucoup de Balzac... Vous aimez Balzac!... Madame Bovary... Notre Cœur... Le Lys rouge... Anna Karénine, l’Empreinte, le Silence, la Force des Choses... et des poètes... Verlaine, Samain... Mes compliments! Vous choisissez bien vos amis... Voulez-vous me prêter la Force des Choses?
Il prit le roman de Paul Margueritte, l’ouvrit, le referma... Josanne rentrait, portant un plateau:
—Tout ce que vous vous voudrez... Vous n’avez pas lu la Force des Choses?
—Il y a longtemps!
—C’est un beau livre, triste et vrai... comme la vie. Cet homme qui perd une maîtresse aimée, et qui se console, par un caprice, d’abord, et puis par un second amour... C’est navrant!
—Pourquoi, navrant?... Parce qu’il n’y a pas de deuils éternels, et que la vie en nous, malgré nous, sans cesse, refleurit et se renouvelle?