—Vous croyez que tout passe, que tout s’efface, que tout va vers le néant, les êtres qu’on aima du plus grand amour, et l’amour même... Vous croyez cela?... Mais non, non, c’est impossible! Quand on n’a point une âme légère, on ne peut pas, on ne veut pas oublier...
—C’est la loi de la vie, pourtant! Et c’est le commandement évangélique: «Laissez les morts ensevelir leurs morts...»
Josanne ne répondit pas; Noël craignit d’avoir blessé l’âme douloureuse et pudique, tout enveloppée des crêpes du deuil récent. Il recommença de déplacer et de replacer les livres.
—Tiens! dit-il, une bien jolie édition de la Princesse de Clèves...
Il maniait la reliure de maroquin avec des doigts amoureux, des doigts prudents de bibliophile. Mais, sur le premier feuillet, il vit un mot, une date, des initiales: «Souvenir du 4 février 18... M. N.»
—C’est un de vos amis qui vous a donné ce livre?
—C’était un de mes amis...
Noël perçut l’hésitation imperceptible de la voix. Josanne vint à lui, offrant la tasse, le sucrier:
—Un peu de lait?... Un morceau de sucre?
—Un, je veux bien. Pas de lait... Merci...