Il remit la Princesse de Clèves sur l’étagère et resta silencieux un moment.

Le crépuscule éteignit les cuivres ardents, fana les œillets du rideau, pâlit les petites lunes nacrées dans le vase jaune. Les réverbères envoyaient un reflet au plafond de la chambre obscurcie, et Noël et Josanne furent tristes sans savoir pourquoi.

La jeune femme alla chercher une lampe; mais, quand elle revint, Noël se levait pour partir. Elle dit:

—Déjà!

Et ce mot, qui avait fait tant de peine à Noël, lui fut doux comme une caresse.

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XIX

Noël pénétra la vie de Josanne, l’imprégna de sa pensée, l’anima de ses visites et de ses lettres quotidiennes.

Si, par hasard, le courrier du matin n’apportait pas l’enveloppe bleue, le tendre bonjour accoutumé, si Noël ne paraissait pas chez Mariette, la jeune femme demeurait triste et nerveuse tout le jour. Elle évitait mademoiselle Müller et le botaniste russe, et seule, dans son petit coin, regardait la place vide en face d’elle. Quand Noël ne pouvait l’accompagner vers les quartiers lointains où la conduisaient les nécessités professionnelles, elle se rappelait les bonnes promenades qu’ils avaient faites, par la banlieue ou les faubourgs, et elle cherchait, à côté d’elle, la silhouette robuste et le brun visage de son ami. Un bouquet, un livre, un bibelot, la Pleureuse de Bartholomé, le reflet des réverbères sur le plafond, au crépuscule, s’associaient, dans sa mémoire, à des mots, à des gestes de Noël, et parfois elle reproduisait des expressions, des intonations qu’il avait eues.

Elle vivait ainsi dans l’atmosphère qu’il créait autour d’elle, et, par des modifications inconscientes, elle s’adaptait à des idées, à des goûts nouveaux. Convalescente du passé, elle en gardait un endolorissement vague, mais son cœur et sa chair étaient paisibles,—et les jours légers, les calmes nuits passaient sur elle sans qu’elle les sentît passer.