—J’ai peut-être un faible, oh! si faible préjugé contre les omnibus, et les troisièmes classes et les petits restaurants... Mais, en vous parlant, je ne pensais pas à mes répugnances personnelles... Je pensais à vous, à vous seule... Comment exprimer toute ma pensée, sans vous froisser?... Parce que vous êtes une femme distinguée, délicate, fine, je suis agacé... navré... de vous savoir dans un sale omnibus ou dans un wagon de troisième classe où il y a des soldats, des paysans et des nourrices avec leur nourrisson!... Et cela ne me réjouit pas non plus, vos relations avec Flory, et Foucart, et tous ces gens qui vous reçoivent plus ou moins poliment... Vous n’êtes pas intrigante, pas ambitieuse, vous serez toujours exploitée!... Vous serez vouée à une vie médiocre, malgré votre intelligence et votre énergie... C’est injuste! C’est abominable!... Et je voudrais vous tirer de là...

—Ah! mon ami! je suis très touchée de votre sollicitude, mais consolez-vous: je ne me plains pas... Je suis contente de mon sort. J’ai été bien plus malheureuse... Mon pauvre mari et moi, nous avons traversé des jours terribles... La malchance, la maladie avaient changé son caractère... Oh! ne me faites point parler de ce temps-là...

—Jamais, dit Noël, violemment, jamais je ne me consolerai de ne pas vous avoir connue dans ce temps-là...

—Qu’auriez-vous fait?

—Je ne sais pas, mais j’aurais fait quelque chose... J’aurais remué Paris, pour vous... Je vous aurais aidée, encouragée, consolée, sauvée de toutes ces horreurs que je devine...

Josanne murmura:

—Comme vous êtes bon!... Mais... vous n’auriez rien pu faire... rien...

—On peut tout ce qu’on veut...

Elle répéta:

—Rien.