—Très belle. Je me suis promené sur les quais. Je suis allé jusque devant votre maison... Mais vous êtes toute pâlotte, ma pauvre amie! Cela me navre.
Il regarde Josanne avec des yeux si beaux d’amour et d’inquiétude qu’elle sent toute son âme aller vers lui. Elle veut le rassurer, Noël l’interrompt:
—Vous n’êtes pas gaie, je le sens... Vous avez eu un chagrin, grand ou petit?... Dites... cette personne qui est descendue de wagon en même temps que vous, c’est une amie de votre tante?
—Non, c’est la femme d’un négociant en soieries, cousin de monsieur Malivois... Et monsieur Malivois était l’ancien patron de mon mari... J’ai donné naguère des leçons de piano à la fille de cette dame...
—Et vous la voyez encore?... Il ne me semble pas que vous m’ayez jamais parlé d’elle...
—Je l’ai rencontrée par hasard. Je ne l’avais pas vue depuis trois ans.
—Et vous avez parlé du passé, naturellement?
—Naturellement...
—Et cela vous a rendue triste... Ne le niez pas... Moi qui me promettais tant de joie de notre réunion, j’ai eu, en vous voyant, l’intuition, la certitude que vous étiez préoccupée d’autre chose, et que ce moment si doux était gâté... Je n’osais pas vous interroger, d’abord. Mais mon inquiétude a été plus forte que ma volonté de discrétion... Vous me comprenez, vous m’excusez, Josanne?
C’est la première fois qu’il appelle Josanne par son prénom, et cette familiarité leur paraît, à l’un comme à l’autre, toute naturelle. La jeune femme répond: