—Ni par orgueil, ni par scrupule... Je vous aime et je vous appartiens. Mais je ne veux pas être votre femme...

—Puisque je vous aime, rien n’est changé...

—Si, Noël, tout est changé... Je ne suis pas, à vos yeux, cette même Josanne que vous aviez élue, la sacrifiée, la résignée, l’impeccable... Oh! je ne prétends pas que je sois indigne de vous!... Mais cette femme que je suis, il faut que vous acheviez de la connaître... Vous avez trop souffert! Il est impossible que la blessure se cicatrise en quelques jours... Laissez-moi du temps, Noël! Je vous guérirai, je vous rassurerai, je vous mériterai... Éprouvez-moi! Je vous dis à mon tour: «Demandez-moi des choses très difficiles...» Je ferai tout, pour vous donner confiance, tout...

—Tout tient en deux mots: aimez-moi!

—Je vous aime, vous le savez... Mais, pour notre bonheur à nous deux, je réclame une épreuve... Les crises douloureuses se renouvelleront peut-être... Si votre amour succombait?... Ne protestez pas, Noël!... Sauvons au moins l’amitié... Acceptez que je demeure, pour quelque temps, votre amie... Et puis, quand vous serez bien sûr de vous et de moi, je serai... ce que vous voudrez...

Noël se laissa convaincre.

—Soit! dit-il. Attendons!... Tâchons de travailler et d’oublier. Soyons braves.

Ainsi, d’un même accord, ils reprirent leur vie d’autrefois. Noël revint, chaque soir, dans le salon vert de Josanne. Il apportait des fleurs, des livres, il apportait des jouets pour Claude, et il feignait de ne point voir la pâleur de la mère pendant qu’il embrassait l’enfant...

Mais, au milieu d’une causerie ou d’une lecture, tout à coup, lentement, ils se rapprochaient. Leurs mains se joignaient et parfois leurs bouches... Et c’était Josanne qui se reprenait la première, qui disait:

—Non... pas encore... pas maintenant...