Elle n’avait pas voulu lui appartenir chez elle, ni chez lui. Une superstition tendre la ramenait, pour ses noces secrètes, parmi les bois, les eaux vives, les rochers gris de Cernay, Noël avait retenu, la veille, une petite chambre dont la fenêtre s’ouvrait sous une frange de glycine... Humble fenêtre aux rideaux de guipure commune, aux volets bruns, que Josanne aurait aperçus, en tournant la tête, et qu’elle n’osait pas regarder!

«Aujourd’hui!... tout à l’heure... je serai à lui... à lui qui est là, qui me parle, qui m’aime!... Est-ce vrai?... Oh! je ne peux pas croire que ce soit vrai...»

Absorbée et silencieuse, elle sourit d’un faible sourire, aux paroles de Noël,—qu’elle n’entend pas.—Elle a, devant la réalité si proche, une bizarre impression de crainte et d’incrédulité, comme naguère, au matin de son mariage...

Pour l’amant, pour l’amour, elle s’est parée: sa robe de mousseline mauve, presque rose, prête à sa blancheur de brune le beau ton doré d’un fruit mûr. Son chapeau de paille souple, noué de velours noir, ondule et s’évase comme une grande cloche de liseron. Une fleur d’argent ferme sa ceinture. Sa main, où ne brille plus la bague nuptiale, joue distraitement sur la table, marque le rythme de la valse... Sol, sol, do, ... le manque... La mélodie blessée tombe, se relève et repart en sautillant... Noël ne parle plus...

De quoi parlait-il?... Josanne se souvient... Il parlait des amours cachées, furtives, qui se meurtrissent à des obstacles... Il disait:

—Je n’aurais pas accepté... Je n’aurais pas supporté...

Ses yeux, verdis par l’ombre du feuillage, expriment une résolution violente, mesurent et défient l’obstacle imaginaire... La jeune femme murmure:

—Pourquoi penser à cela? Nous sommes libres... Il n’y a rien entre nous.

—Il n’y a rien.

—Et s’il y avait quelque chose...