—Je casserais tout.

Il fait le geste de briser une chaîne... Oui, certes, en ce moment, il «casserait tout», tout ce qui prétendrait l’éloigner de Josanne!... Elle pense qu’il est capable des pires folies, l’amant qui la regarde avec ces yeux là... Et elle l’aime d’être ainsi, volontaire, impérieux, si différent des autres,—les gens sages, les prudents, que le plus petit frein arrête.—Et sa chair de femme s’émeut à l’idée d’une chère violence, que son orgueil d’affranchie eût réprouvée, hier...

—Josanne!...

Elle obéit, heureuse d’obéir. Elle va vers celui qui l’appelle. Il la prend sur ses genoux, effleure les hanches, la gorge, de ses mains qui tremblent, et tout à coup remontent vers la nuque ployée, vers les doux cheveux. Il tient, dans ses paumes ouvertes, la tête renversée de son amie comme une chose précieuse. Il la parcourt de ses lèvres. Josanne voit les yeux de Noël qui se brouillent de larmes, au-dessus de ses yeux grands ouverts.

—Ma chérie! mon amour!... Tu ne sais pas!... Je ne peux pas te dire... Je t’aime tant!... Mais j’étouffe, j’ai le vertige... Oh! toi... toi!...

L’étreinte se resserre. La bouche à l’oreille de Josanne, Noël balbutie les mots qui prient, qui soupirent, qui caressent. Elle ne répond pas. Elle lie ses bras autour du cou du jeune homme; elle sourit encore, et ses paupières s’abaissent, palpitent, disent «oui» tout doucement...

... La chambre est toute petite; les volets rabattus la font très fraîche et très sombre. Ce n’est pas une jolie chambre. Elle a un air pauvre avec son mobilier banal: un lit de fer, un fauteuil, une toilette, un tapis usé sur le carreau. Mais Josanne, reprise par la sensation de l’irréel et du rêve, demeure indifférente à la médiocrité du lieu. Les demi-ténèbres apaisent la vibration de ses nerfs, la rumeur du sang à ses tempes... Noël va venir!

Elle ne sait plus très bien pourquoi, d’un geste machinal, elle ôte le petit peigne de sa nuque... La fleur argentée de sa ceinture tinte contre le marbre de la cheminée... Mais quand Josanne s’entrevoit, dans la glace ronde,—les cheveux croulants, le cou nu, les bras nus, ses beaux seins droits presque visibles sous le petit corsage de linon aux pointes nouées comme un fichu,—elle comprend tout à coup... La chasteté héréditaire tressaille au fond d’elle; de ses mains croisées, elle réprime le mouvement tumultueux de son cœur. Elle pense:

«Je ne suis plus à moi! Je suis à lui...»

Et, bravement, elle dénoue les pointes du léger corsage. Avec ses cheveux noirs, sa pâleur chaude, le court jupon qui colle à ses hanches, elle paraît plus petite, plus jeune: c’est la bohémienne amoureuse des romances, c’est Mignon...