Il la prit dans ses bras, doucement:
—Moi aussi, j’ai du chagrin...
Dans la cour, le vitrage d’un atelier projeta une lueur électrique, une papillotante lueur mauve qui toucha le plafond de la chambre, un angle du mur, le miroir sur la console... Les boules de cuivre, au pied du lit, scintillèrent. Noël et Josanne devinaient leurs formes confuses, leurs visages rapprochés.
Ils s’étaient bien aimés, dans l’atmosphère d’or de cette chambre, chaude comme le soleil et le désir, retirée, secrète, voluptueuse, pareille à une lampe allumée, pareille à un foyer brûlant et qui semblait aux amants le cœur même de la vieille maison,—le cœur du monde.
Maintenant, ils ne la reconnaissaient plus, leur chambre d’amour, changée par la nuit, par la saison, par la lueur insolite et fausse.
Noël eut la sensation soudaine du temps écoulé—deux mois!—de septembre qui venait, qui allait modifier les nuances du ciel, et les couleurs des jardins, et les choses, et les âmes touchées par l’automne.
Il sentit qu’une période de sa vie—la plus troublée, la plus ardente—finissait là, dans cette chambre, avec le dernier soir d’août.
—Chérie, dit-il, ne sais-tu pas que notre bel été d’amour s’effeuille entre nos mains, comme une rose qui nous aurait donné tous ses parfums et que nous ne respirerons jamais plus?... N’as-tu pas un regret pour lui?... Quand je reviendrai de Lusignan, les jours seront plus courts, les soirées plus froides: nous n’irons plus au Bois, Josanne!... Et ce sera bientôt le temps des causeries au coin du feu... Alors nous travaillerons ensemble... Tu liras, par-dessus mon épaule, les choses très ennuyeuses que j’écrirai... Tu me conseilleras, quelquefois... Et ce sera très doux... Puis un autre printemps fleurira; puis un autre été... Mais nous ne revivrons plus les jours de Chevreuse...
Tendre, plus tendre que de coutume, il baisait les cheveux de Josanne, et l’entraînait vers le lit profond.
—Josanne, c’est l’été encore, ce soir...