—Tu veux aller au Bois? dit Josanne. Si tard, et par ce vilain temps!... Moi, je n’y tiens guère... Dînons n’importe où, près d’ici.
Place de la Bastille, ils entrèrent dans un restaurant. Il y avait, au premier étage, une petite salle où des commerçants du quartier dînaient en causant de leurs affaires. Il y avait aussi l’inévitable vieux monsieur qui lit le Temps. Celui-là, derrière la muraille de papier qui le séparait du monde, examina sévèrement Noël et Josanne,—elle surtout...
Cette curiosité agaçait Josanne. Comme elle était assise près d’une fenêtre, elle soulevait parfois le rideau, jetait dehors un coup d’œil distrait. Noël lui demandait:
—Tu n’as pas faim?
—Non, pas du tout.
Il essayait de la divertir un peu. Il lui parlait de Lusignan où bientôt—l’an prochain—ils iraient ensemble. Josanne aimerait la vieille cité de Mélusine, l’église verte de mousse, les belles charmilles de la promenade, et cette vallée où, parmi les noyers et les trembles, une rivière charmante s’enroule comme une couleuvre d’argent...
—Tu seras là-bas demain matin...
—Si tu me laisses partir, oui...
—Hélas!
Elle détournait encore la tête. Par l’écartement du rideau, elle apercevait la grande place, dans le bleu du soir tombé, un bleu intense et pourtant fondu, mouillé de bruine, un bleu que les lumières électriques rendaient artificiel et théâtral. Et dans tout ce bleu qui baignait la gare de Vincennes, les masses compactes des maisons, la sombre trouée du faubourg, les arbres éclairés par dessous,—dans tout ce bleu, la colonne seule était noire et portait plus haut que toute lumière son Génie éteint.