Josanne dit, d’un accent gamin:
—Je vous crois!...
Elle mit son chapeau, une toque plissée, en mousseline de soie noire, toute neuve. Mademoiselle Bon, un peu choquée, demanda:
—Vous ne portez plus le voile de crêpe?
—Je ne peux plus: Foucart ne veut pas... Vous savez qu’il me trouve trop... trop peu... enfin, je n’ai pas le chic de Flory... Et, avec le métier que je fais maintenant, il ne m’est pas permis d’avoir l’air triste.
Elle fronçait les sourcils et serrait entre ses dents la longue épingle à tête noire.
—Voilà!... Monsieur Isidore Foucart, notre patron, me fait appeler, l’autre jour: «Ma petite Valentin (il ne peut pas dire: «Madame»), je connais les usages et je respecte vos sentiments; mais, tout de même, ce grand crêpe, ça ne va pas pour le métier.» Je me récrie. Il reprend: «Je ne veux pas vous faire de la peine: vous êtes très gentille; vous avez du mérite..., mais comprenez bien... Ces gens chez qui vous allez, pour vos articles, ils ont généralement des raisons d’être contents... C’est un monsieur dont la pièce a réussi, un philanthrope qu’on a décoré, une jolie femme qui a fait son petit roman, comme tout le monde... Votre crêpe, ça les gêne... Ça met du noir dans l’interview... On n’ose pas rire avec vous, et vous dire les choses gaies, les mots drôles qu’on dit à Flory et qui réjouissent le public... Et si vous allez voir des gens tristes, des veuves de grands hommes, par exemple, ou des victimes d’une catastrophe, c’est pire: ce deuil, ça a l’air d’une allusion; on croit que le Monde féminin vous a choisie exprès... Il ne faut pas manquer de tact... Il faut que nous restions Parisiens, en toutes circonstances... Ma petite Valentin, je vous parle en ami... Tâchez d’avoir le deuil discret, un petit deuil qu’on ne remarque pas... Du drap, de la mousseline de soie mate... C’est très convenable et pas funèbre...»
Mademoiselle Bon dit naïvement:
—Mais je suis en deuil, moi aussi... de papa... et M. Foucart ne m’a jamais rien dit de pareil.
Josanne arrangea son col empesé, d’un blanc brillant, cravaté de satin noir. Elle noua sa voilette, enfila son boléro et chercha son boa de Mongolie. Mademoiselle Bon la contemplait: