Monsieur mon très-honoré grand-père!
Je ne saurois vous exprimer avec quelle douleur et agitation j'écris celle-ci. Moi qui ai été le principal objet de vos soins, que vous aviez destiné à être le soutien de votre famille, que vous aviez élevé dans des sentimens utiles au service du maître et du prochain, qui ne suis jamais sorti de chez vous sans être honoré de vos bontés et de vos conseils; moi qui devois faire la consolation et la félicité de votre vieillesse, enfin moi, misérable que je suis! je deviens l'objet de votre douleur et de votre désespoir. Au lieu de vous réjouir par de bonnes nouvelles, je me vois obligé de vous annoncer l'arrêt de ma mort, qui a déjà été prononcé. Ne prenez pas mon triste sort trop à coeur; il faut se soumettre aux décrets de la providence, si elle nous éprouve par des adversités, elle nous donne aussi la force de les soutenir avec fermeté et de les vaincre. Il n'y a rien d'impossible à Dieu, il peut secourir quand il veut. Je mets toute ma confiance en cet Être suprême, qui peut encore diriger le coeur du roi à la clémence et me faire obtenir autant de grâces que j'ai éprouvé de rigueur. Si ce n'est point la volonté de Dieu, je ne l'en louerai et bénirai pas moins, étant persuadé que ce qu'il fera sera pour mon bien. Ainsi je me soumets avec patience à ce que votre crédit et celui de vos amis pourra obtenir de sa Majesté. Je vous demande en attendant mille fois pardon de mes fautes passées, espérant que le bon Dieu, qui pardonne aux plus grands pécheurs, aura compassion de moi. Je vous supplie de suivre son exemple envers moi et de me croire etc.
Le 2. de Novembre 1730.
Voici des vers qu'on trouva écrits sur la fenêtre de sa prison:
Par le temps et la patience
On obtient une bonne conscience;
Si vous voulez savoir qui écrit cela,
Le nom de Katt vous l'apprendra,
Toujours content en espérance.
Au dessous il y avoit: