Regardez tout le passé comme des vivacités qui, dans le fond, sont excusables quand on connaît mon coeur, et soyez persuadé que je ne vous donnerai jamais lieu de douter de la tendresse et du respect avec lequel je serai à jamais, etc.»
Malgré la persistance de la Margrave à se croire seule lésée et tout à fait irréprochable, Frédéric lui répond le 16 avril en lui énumérant toutes les fautes qu'elle a commises. Un extrait de cette lettre mérite d'être cité:... On vous souhaite beaucoup de gens d'esprit et dignes de vous amuser; mais on souhaite en même temps en enfer et à tous les diables de maudites pestes qui vous brouillent avec tous vos parents, et que j'écorcherais sans scrupule, mois qui ne suis point cruel.... Je ne vous ai point offensée, je n'ai nul reproche à me faire, et malgré tout ce qui s'est passé, je vous aime encore.»
La Margrave cherche encore à se justifier dans une lettre datée du 3 mai: «... pour ce qui regard mon entrevue avec la Reine de Hongrie, elle n'a été qu'une simple visite de politesse, elle a passé par ce pays où je l'ai vu.... Mais je comprends très-bien ce que donne lieu à de telles bruits; nous avons toujours nombres d'officiers autrichiens, il faut leur rendre justice, il s'en trouve parmi eux qui ont infiniment d'esprit et sont très-aimables dans la société; le Margrave est lié d'amitié avec quelques uns d'entre eux et parce qu'il les hante familièrement, on infère, que ces gens sont chargés d'affaires et s'en mêlent....»
Le roi lui répond de la façon la plus aimable le 10 du même mois. Ce n'est pas elle, c'est lui qui cède: «... J'éprouve que l'on est facilement persuadé quand on a envie de l'être, et mon coeur, qui plaide pour vous, vous trouverait innocente, quand même mon esprit vous trouverait coupable. La peine que vous prenez de vous excuser me suffit, et je suis charmé de retrouver une soeur dans la place d'une ennemie.
Ce sera la dernière foi que je vous écrirai sur une matière qui m'est si odieuse, que je suis charmé d'en effacer les traces de ma mémoire....»
C'était l'oeuvre du prince de Prusse et la Margrave s'épuise en remerciements pour la réussite de cette réconciliation bien imparfaite encore. Malgré tout Wilhelmine gardait encore la Burghaus chez elle. De plus elle se plaint amèrement au prince des paroles dures du roi à l'endroit de cette dame; il l'avait frappée assez sévère--
»--punition assez grande pour qu'il veuille encore se venger sur elle en le perdant de réputation. Je suis au désespoir que le Roi s'en fie plus au rapport des calomniateurs et des coquins qu'a à ceux d'une soeur qui n'est ni assez imbécile ni assez bête pour se laisser duper si grossièrement et se laisser gouverner par une personne jeune qui a plus besoin des mes conseils que moi des siens. Je ne suis pas aveugle sur ses défauts, mai je les pardonne tous dès ce que l'on ne pêche contre les loix de la vertu et du bon coeur.»
Elle se plaint aussi avec amertume que personne de sa famille ne vienne la voir, que les lettres de la reine-mère soient si peu aimables.
»... elle me traite comme un bâtard; je crois que je dois tout cela à la Ramen, qui est encore ma mortelle ennemie. Je serais charmée de voir quelqu'un de mes parents, étant tout à fait exilée des autres... mais il ne m'est pas permis de me flatter d'un tel bonheur.»
Les mois suivants se passent en plus grande tranquillité, la correspondance de Wilhelmine et de Frédéric touche de plus en plus aux questions les plus intimes, elle met à jour les pensées, les sentiments du grand frère et de la spirituelle soeur. Tantôt le roi lui envoie du vin, des produits de sa manufacture d'étoffes, son portrait, tantôt la Margrave lui fait parvenir une copie de Van-Dyk, peinte de sa propre main. Ils entretiennent l'un l'autre de leurs théâtres, de leurs chanteurs, de leurs acteurs etc. Dans une lettre du 7 mars 1747 Frédéric écrit à sa soeur; «Je suis très-fâché que vous souffriez toujours. J'espère à présent sur le printemps, et je me flatte que la bonne saison ramènera votre santé avec les fleurs et les feuilles. La visite de la cour de Wurtemberg ne sera pas arrivée à propos, car on n'aime guère le grand monde lorsqu'on souffre, et la duchesse de Wurtemberg est elle seule capable de donner la fièvre et de faire venir des transports au cerveau aux personnes les plus saines. Je vous plains de tout mon coeur de vous voir assaillie par cette furie. Il est étonnant que ce monstre féminin ait pu engendrer quelque chose d'aussi passable que ses fils....»