A peine de retour à Bareith éclate la guerre de Sept Ans, et elle se consume de soucis au sujet de son frère bien-aimé.
Dans ces moments difficiles se manifeste toute la noblesse de son âme. Elle écrit à Frédéric: «Votre sort décidera du mien, je ne survivrai ni à vos infortunes, ni à celles de ma maison; vous pouvez compter c'est ma ferme résolution.»
Frédéric répond à cette sublime tendresse par un sentiment non moins affectueux. Elle soit sa consolation et sa confiance, lui écrit-il, et sa lettre du 7 juillet 1757 prouve qu'il prend ces mots à la lettre: «Vous avez trop de bonté de vous donner tant de peine pour mes affaires. Je suis confus d'abuser si étrangement de votre indulgence. Puisque, ma chère soeur, vous voulez vous charger du grand ouvrage de la paix, je vous supplie de vouloir envoyer ce M. de Mirabeau en France. Je me chargerai volontiers de sa dépense; il pourra offrir jusqu'à cinq cent mille écus à la favorite pour la paix, et il pourrait pousser ses offres beaucoup au delà, si en-même temps on pouvait l'engager à nous procurer quelques avantages. Vous sentez tous les ménagements dont j'ai besoin dans cette affaire, et combien peu j'y dois paraître; le moindre vent qu'on en aurait en Angleterre pourrait tout perdre. Je crois que votre émissaire pourrait s'adresser de même à son parent qui est devenu ministre, et dont le crédit augmente de jour en jour. Enfin je m'en rapporte à vous. A qui pourrais-je mieux confier les intérêts d'un pays que je dois rendre heureux qu'à une soeur que j'adore et qui, quoique bien plus accomplie, est un autre moi-même?...» Le 13 juillet dans une épître de trois grandes pages Frédéric ouvre son coeur à sa soeur et lui trace un tableau désespéré de sa situation. Avant de terminer il Dit: «... Je vous demande mille pardons; je ne vous parle pendant trois grandes pages que de mes affaires; ce serait étrangement abuser de l'amitié de tout autre. Mais, ma chère soeur, je connais votre amitié, et je suis persuadé que vous ne me voulez point de mal quand je vous ouvre mon coeur; il est tout à vous, étant rempli des sentiments de la plus tendre estime avec laquelle je suis....»
En lui apprenant la victoire de Weissenfels, il ajoute: «... A présent je descendrai en paix dans la tombe, depuis que la réputation et l'honneur de ma nation est sauvé. Nous pouvons être malheureux, mais nous ne serons pas déshonorés. Vous, ma chère soeur, ma bonne, divine et tendre soeur, qui daignez vous intéresser au sort d'un frère qui vous adore daignez participer à ma joie. Je vous embrasse de tout mon coeur. Adieu....« Frédéric fit aussi des vers pour célébrer la soeur, et il ne pouvait ériger en son honneur un plus digne monument que dans la strophe:
«Dans mes jours fortunés où dans ma décadence
Vous goûtiez mon bonheur, vous pleuriez mes revers
Quoi! Pourrais-je oublier cette amitié constante,
Sensible, secourable, et toujours agissante,
Qui me récompensait des maux que j'ai soufferts?
Ô vous, mon seul refuge! Ô mon port, mon asile!