Et à l'entendre, on eût pu croire qu'il était facile d'éviter ce malheur.
Elle ne parlait plus de son passé. Une fois seulement, dans un moment de détresse, elle avait fait allusion à notre voyage, en disant:
—J'ai tout détruit, et je ne sais plus où me reposer.
Elle, si curieuse autrefois, ne s'intéressait plus à rien. Dehors elle marchait la tête baissée, et dans la maison elle somnolait appuyée au dossier de sa chaise, ou enfoncée dans son vieux fauteuil. Mon futur mariage même la laissait indifférente, et c'est à peine si elle regardait Clément. Seul un jeune nègre, qui suivait en sens inverse le même chemin que nous, la faisait sortir de sa torpeur. Mlle Herminie n'aimait pas les nègres et à chaque rencontre elle faisait des remarques désobligeantes sur celui-ci. Pourtant la face noire du jeune homme avait comme un reflet de bonne humeur, et on eût dit qu'il tenait son sourire tout près pour nous le montrer au passage. La haine de Mlle Herminie s'augmentait de ce sourire et, un soir qu'un embarras de voitures nous immobilisait auprès du nègre, elle lui dit effrontément:
—Vous ne vous êtes pas débarbouillé, ce matin.
Il sourit plus largement encore en répondant:
—Non, il faisait trop froid.
Sa voix était harmonieuse, et il n'avait aucun accent étranger. Je le fis remarquer à Mlle Herminie qui ne voulut pas en convenir et me répliqua avec aigreur:
—On dirait que vous le préférez à Clément.
Elle s'excusa de sa brusquerie, mais dans le même instant je compris que le visage du nègre m'était aussi agréable à voir que n'importe quel visage aimable.