—Ce n'est pas qu'elle soit lourde, mais ces mauvaises boîtes ne sont pas solides, et à les trimballer le long des étages on craint toujours un accident.

Et comme le moment était venu de descendre la morte, l'homme tira une grosse corde de sa poche et il entoura solidement la mauvaise boîte par le milieu.

Le corbillard attendait en bas. C'était une voiture sans aucun ornement, et je la reconnus pour celle que Duretour appelait la sauterelle.

Le patron y accrocha lui-même la couronne blanche qu'il venait d'apporter. Bergeounette déposa le long du cercueil les petits bouquets de violettes que chacune de nous offrait à Sandrine, et aussitôt la sauterelle se mit en marche.

Elle avançait vite sur le boulevard Raspail. Nous avions beaucoup de peine à la suivre, et Jacques qui marchait le premier derrière elle, appuyait sa main dessus, comme s'il voulait l'empêcher de sauter si fort.

A notre passage, des femmes se levaient des bancs où elles étaient assises. Quelques-unes faisaient le signe de la croix, et gardaient leurs mains jointes. Deux enfants cessèrent de remuer le sable avec leur pelle en bois et tapèrent bruyamment sur leur petit seau en chantant sur un air de cloche:

—L'enterrement, l'enterrement.

Le jour était plein de soleil. Les bruits montaient clairs et précis dans l'air très doux et les marronniers tout fleuris de blanc s'alignaient le long de notre chemin.

En entrant dans le cimetière, la sauterelle avança encore plus vite. Ses roues firent un bruit criard sur l'épaisse couche de gravier, et la couronne accrochée à l'arrière se balança fortement.

Le cimetière aussi était tout fleuri, et les tombes paraissaient plus blanches sous le soleil.