Bergeounette, qui lisait les poteaux indicateurs, me nommait les allées de traverse que l'on dépassait:
—Allée des Morts… Allée des Cyprès… Allée des Tombes.
Et chaque fois les paroles sortaient de sa bouche, comme si elle les rejetait avec dégoût. Mais lorsque le corbillard tourna entre deux rangées d'arbres qui s'élevaient droits et fins comme des colonnes lisses, elle dit tout haut avec un air de triomphe:
—Allée des Érables blancs.
La sauterelle s'arrêta près d'une longue tranchée où des cercueils se rangeaient côte à côte, et notre groupe se resserra pour dire adieu à Sandrine.
Bouledogue avait son visage des mauvais jours.
Sa lèvre se retroussait seulement par le milieu et ne laissait voir que deux dents. Et comme je me penchais toute étonnée sur la grande tranchée, elle me dit:
—Ça! c'est la fosse commune.
Sa voix résonna avec des vibrations si profondes et si étendues qu'elle parut sortir de terre pour aller heurter les caveaux d'alentour et les tombes toutes fleuries.
Les croque-morts se dépêchaient; car un autre convoi s'avançait aussi vers la fosse commune.