Carlos revient, amenant Georges qui nous paraît un peu ahuri.

— Qu’as-tu, lui demande Marthe, tu es malade ?

— Il a, répond Carlos, que je lui ai fait faire la connaissance de trois ou quatre douzaines de mes compatriotes, et que l’oreille de Monsieur Ferrand n’est pas encore très exercée à saisir notre idiome…

— Surtout parlé avec cette rapidité, dit le pauvre Georges en souriant faiblement, j’ai un peu mal à la tête, je vous l’avoue… Et dire que presque tous me parlaient français lorsqu’ils voyaient mon désarroi ! Oh ! pourquoi ne commençaient-ils pas par là, mon Dieu !

— Parce que je les prévenais d’avance de n’en rien faire, ajouta Carlos en riant. Il faut oser, entendez-vous ! ne craignez rien, ici, personne ne se moquera de vous. Nous sommes trop contents de voir qu’un étranger fait l’effort de parler notre langue pour le critiquer sottement, et l’en dégoûter parfois pour toujours !

Le dernier acte, en commençant, fit taire Carlos, et encore une fois, nous applaudîmes les chanteurs et surtout l’orchestre merveilleux. Après avoir échangé un au revoir affectueux avec nos amis, et les avoir remerciés, nous résolûmes de regagner la maison à pied.

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La nuit était un peu froide, mais pure et claire. Je laissai Marthe et Georges passer devant moi, et je les suivis en respirant l’air léger et en regardant leurs ombres qui traînaient derrière eux comme un manteau. Peu de passants dans les rues ; de temps en temps, le pas sonore d’un homme croisait son bruit avec celui que faisaient sur le pavé les petits talons de sa compagne, et je voyais deux silhouettes sombres découpées par la lune sur les maisons blanches. A chaque coin de rue, un agent veillait, les roulements lointains des automobiles et des derniers tramways s’éteignaient, et lorsque nous arrivâmes à notre porte, la ville entière semblait endormie.

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Georges est parti hier, et c’est la première fois depuis leur mariage qu’il se sépare de sa femme.