C’était hier le premier jour du printemps, et le printemps m’a apporté la plus belle de ses roses…
Tout ce que je n’osais pas m’avouer à moi-même un autre m’a forcée à le dire. Ah ! Pío, qu’avez-vous fait ? Vous avez ressuscité dans mon cœur les joies que je croyais mortes, les troubles pleins de douceur, et le désir d’aimer…
Marthe était sortie, et je lisais dans le salon lorsqu’il est entré. Qu’avons-nous dit ? Je ne m’en souviens plus. Nous avons parlé du voyage, de sa mère, du temps… et puis, dans un silence ses yeux ont rencontré les miens et j’ai compris…
Ce n’est pas pour échanger des phrases indifférentes qu’il est venu. Il voulait me dire qu’il m’aime depuis cinq mois, depuis ce jour où il m’a vue chez Délia, sa mère le sait et l’approuve, nos amis sont ses alliés, et Marthe même est un peu sa complice…
L’aveu de sa tendresse et de son espoir est sorti de sa bouche en paroles entrecoupées, il était pâle et sa main tremblait.
— Voulez-vous, me dit-il, enfin en se levant, me faire l’honneur de devenir ma femme ?…
… Et je n’ai pas répondu : non…
Il sait tout de ma vie, mes chagrins, mon veuvage, ce que je fus et ce que je suis ; il sait que mon cœur est à peine cicatrisé des blessures que le sort lui a infligées et que la main qu’il serre dans les siennes sait mieux panser que caresser…
— Pío, pourquoi choisissez-vous une étrangère, sans fortune, sans beauté, tandis que des jeunes filles charmantes, riches, et qui parlent la même langue que vous, seraient si heureuses de porter votre nom et de vous donner leur cœur plein d’espoir ?…
— Mais, parce que c’est vous que j’aime, vous dont la chère tristesse et la grâce brisée m’ont charmé dès que je vous ai vue, vous qui êtes devenue le souffle même de ma vie ! Si vous m’aviez refusé votre main, je ne m’en serais jamais consolé, certain qu’elle m’enseigne la route du bonheur…