Nous fîmes nos adieux aux gauchos que je remerciai et qui nous accompagnèrent jusqu’aux voitures avec mille souhaits courtois de bonheur et de santé.

Pendant le retour dans la nuit tiède, aucun de nous ne parla, Pío serrait ma main dans la sienne et une infinie douceur nous engourdissait…

Je regardais les étoiles de mon nouveau ciel, plus rares et plus brillantes que celles de l’autre hémisphère, et la route me parut bien courte, car mon cher fiancé murmurait à mon oreille les mots immortels qui font oublier, qui font espérer…


Ce jour est celui qui précède notre départ. Marthe ne tient plus en place, malgré l’affection et les distractions qu’elle a trouvées à l’estancia. Elle ne dit pas une phrase sans y introduire le nom de Georges, et lorsque Mamita a fait des efforts pour retarder le voyage, les yeux de la pauvre enfant se sont remplis de larmes. Je comprends si bien son désir de revoir celui dont elle est séparée depuis tant de mois que j’ai résisté énergiquement aux objurgations de Mamita et aux prières de Pío.

Nous partons demain… mais pas seules ! mon fiancé nous accompagne ; il a décidé cela sans me le dire, et il a prié Marthe en riant, d’être notre chaperon.

Cher Pío ! vous n’avez pas voulu me laisser retomber dans mon isolement, avec le spectacle du bonheur des autres devant les yeux ! Je reconnais là votre amour attentif et la délicatesse de votre cœur… et, égoïste que je suis, je me réjouis de vous faire quitter la maison, les amis, la maman même, pour me suivre et me protéger !

Tout est prêt, et Georges est averti. Pío a un ami dans le pays où nous allons, un vieil Anglais qui s’est épris d’un site, et qui veut mourir devant les montagnes qu’il aime ; une dépêche a avisé cet original de notre arrivée et sa maison sera une des étapes de notre route vers la mine de « la Carlota », résidence de Georges. Notre équipement est déjà à la gare, nos adieux sont faits et j’ai entendu Mamita me murmurer à l’oreille : — Au retour… je vais faire arranger votre appartement…

Oh ! embrassez-moi bien fort, ma nouvelle maman… dans vos bras, je redeviens une petite fille… vous savez si bien aimer vos enfants !

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