Des heures, des heures encore, et de la poussière. J’en ai dans les cheveux, dans la bouche, on en mange au restaurant pendant que la plaine se déroule éternelle de chaque côté des rails. Pío nous entoure d’attentions, mais Marthe ne voit rien, n’entend rien… elle va rejoindre son mari, et voilà tout !

L’horizon commence à onduler, voici des ruisseaux, de grandes pierres, et des collines bleuâtres au loin : la Cordillère commence…

Nous nous sommes arrêtés à Cordoba, où mille couvents font retentir leurs cloches parmi des jardins fleuris. L’air est pur et frais, c’est ici que les malades viennent trouver la santé.

Nous voici de nouveau en route vers le nord. Le train s’arrête souvent, et les visages aperçus dans les gares pareilles à des hangars sont basanés. Dans quelques heures, nous serons au village où s’arrête le chemin de fer ; c’est à cheval, et par étapes, que nous continuerons notre voyage.

Le paysage a changé, nous traversons d’immenses vallées ; la locomotive, chauffée au bois, a ralenti sa marche, la poussière a envahi les vitres, et je sors sur la plate-forme qui termine notre wagon pour mieux voir la contrée dans laquelle nous sommes entrés.

Des montagnes prodigieuses s’élèvent à droite et à gauche, et le sol est d’un jaune clair, coupé de failles profondes et envahi par des arbustes épineux. Voici des vols de perruches vertes, de petits oiseaux blancs aux ailes bordées d’un liseré noir ; ces trous sont des terriers de « zorrinos », les skungs du pays, ou de viscachas : de la carcasse desséchée d’une mule s’élèvent de petits vautours…

Les montagnes se font de plus en plus hautes… Nous arrivons : le chemin de fer ne va pas plus loin…

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Le prévoyant, le sage Georges a envoyé toute une caravane à notre rencontre : des hommes, des chevaux, des mulets.

Sachant que Pío nous accompagne, il est resté dans la montagne où il fait double travail pour revenir plus vite avec nous à Buenos-Aires. Marthe comprend et n’est pas trop déçue…