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C’est une auberge charmante qui nous abrite… Les servantes ont le type indien, les pommettes saillantes et les cheveux plats, elles nous servent en souriant de leurs belles dents égales…

Derrière la maison s’élève un bois d’orangers géants pleins de fruits et de fleurs… toutes les maisons du « pueblo » sont en boue grise…

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Le soleil se lève, les chevaux sont sellés, les mules chargées, nous partons… Il nous faut une semaine pour arriver à « la Carlota » par petites étapes, bien que le pauvre Georges ait fait la route en quatre jours…

Comme cette première journée a été rude !

Marthe est rompue et je quitte la selle avec joie… Mais quelles admirables et singulières routes nous suivons !… Toujours cette terre pâle, maintenant couverte de cactus monstrueux, grands comme de grands arbres et tous en fleur… la lumière rayonne…

Nous avons marché assez lentement, il nous a fallu coucher sur des « catres », dans une cabane de berger… et d’un sommeil si profond ! Je croyais, lorsque Pío nous a fait appeler pour repartir que je venais à peine de fermer les yeux !…

Tous les chevaux sont réunis autour d’une jument qui porte une clochette au cou, c’est la « madrina », elle est dressée à les conduire à l’endroit où les « gauchos » veulent les brider et les seller. Pío choisit des montures pour nous, puis pour lui. Ces chevaux à demi sauvages sont d’une douceur et d’une indifférence déconcertantes ; celui que je monte aujourd’hui est venu se ranger avec les autres autour de la « madrina », on lui a jeté le lazzo autour de son encolure fine, et il s’est laissé caresser et conduire comme s’il me connaissait depuis toujours… et il ne me connaît pas, je le sais, il ne me connaîtra jamais, même s’il m’obéit pendant des semaines ; ce qu’il désire, c’est la course, l’espace, le ruisseau verdi d’herbes fraîches, et dépasser les autres ! Quand je le laisserai libre, quand mon poids aura cessé de meurtrir sa croupe, il se roulera sur la terre dure, et courra vers ses compagnons en hennissant… il sera débarrassé…

Il faut arriver au coucher du soleil à la maison de l’ami de Pío, cet Anglais rêveur et excentrique, amoureux d’un paysage ; nous partons au galop, un galop doux et cadencé.