Des baisers, des souhaits, et nous voici sur la route qui va au Tigre…

— Nous ne pourrions pas aller plus loin, m’a dit Pío, la route praticable aux automobiles s’arrête là…

La voiture roule mollement entre des rangées d’eucalyptus et de « paraisos » dont les fleurs violettes ont un parfum de lilas et d’amande, les phares font de grands cercles lumineux et tremblants dans lesquels tourbillonnent des insectes affolés.

Nous nous taisons, Pío a appuyé ma tête contre son cœur que je sens battre à grands coups profonds…

Pourvu que ce soit bien loin, le Tigre !…

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Hélas ! non, l’approche de l’eau rafraîchit la nuit, nous arrivons… Une barque nous attend et nous mène dans une petite île ; des lumières brillent aux fenêtres de la villa toute vêtue de verdure, j’entends le clapotis de l’eau, et le bruit des rames qui s’affaiblit au loin… Le fleuve réfléchit les étoiles… La voix de mon mari murmure tendrement mon nom… Je suis heureuse.

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Le Tigre ! Venise verte, Venise éplorée dans la chevelure bleuâtre des saules, petites îles pleines de fleurs et de fruits où des maisons invisibles laissent échapper des rires plus frais que l’eau et l’herbe, jardins gardés par de hauts peupliers, mystérieux comme des murailles, élancés comme des prières !…

Oh ! paysage unique et apaisé, comme vous bercez doucement notre bonheur !