— Les temps de disette peuvent venir !
— Les temps d’abondance peuvent durer !
— Mais si vous avez des enfants ?
— Ils travailleront…
— Des filles ?
— Elles se marieront !
— Et dire que vous êtes tous comme ça ! s’écria Georges abandonnant la discussion, c’est effrayant !
— Pourquoi effrayant ? Cette insouciance, cette libéralité que vous blâmez, nous rend audacieux ; à cause d’elle, nous nous lançons dans les affaires les plus risquées avec une confiance qui les fait réussir.
— Mais quand un homme meurt sans fortune, que devient sa veuve ? Qui élève ses enfants ?
— La veuve est toujours recueillie ou aidée par quelqu’un de sa famille ou de celle de son mari, et jusqu’aux amis du disparu, tous s’unissent pour donner aux enfants une éducation et une instruction suffisantes pour marcher à la conquête de la fortune ! Les enfants élevés ainsi ne sont pas moins bien armés pour la lutte que ceux dont les parents sont devenus ou restés riches. N’oubliez pas qu’une de nos forces est cette possibilité donnée à tous, sans distinction de classe ou de nationalité, d’arriver à la richesse par le travail : notre terre offre ses trésors à qui possède la force de les prendre, et elle est si prodigue elle-même que ses fils seraient sans excuses s’ils osaient être avares…