—Je n'ai pas remarqué.

—Je n'y pensais pas non plus. Mais ce matin, les voyant quêter ensemble, cette idée m'a frappée qu'ils feraient un joli couple. Et cela m'est revenu que ces derniers temps il s'occupait passablement d'Élisabeth.

—Ton neveu est un très gentil garçon. Seulement, rien que sa solde et peu de chose à attendre après ses parents...

—Elle a des goûts sérieux et simples...

—Voilà qui est bientôt dit. On croit cela, et puis quand on se trouve aux prises avec les difficultés de l'existence... Elle a été élevée ici... Sans qu'elle s'en doute, elle y a contracté certaines habitudes... elle ignore le prix de l'argent. De très bonne foi elle s'embarquerait dans une existence besogneuse, et nous serions responsables de ses désillusions.»

Comme toujours avec l'époux très révéré, Mme Bertereau opina du bonnet.

«Aussi, reprit-il, pour tout dire, cela me déplairait que la fille de mon frère, et de qui nous avons fait notre cinquième enfant, fût établie dans des conditions trop mesquines en comparaison avec les nôtres, qu'elle est habituée à considérer comme ses sœurs.

—Je reconnais bien là tes sentiments si délicats. Moi pareillement, je souhaite la voir bien mariée. Il faudrait lui trouver un jeune médecin distingué que tu patronnerais... un fonctionnaire d'avenir, comme Gaston... Ton influence, c'est une dot.

—Soit. Mais, au département de la guerre précisément, elle est à peu près nulle. Non... un mariage avec Maurice ne serait admissible que si nous pouvions faire un sacrifice pour la petite.»

Mme Bertereau aimait fort sa nièce, mais elle était mère. Donnant l'approbation mitigée qui était sa forme de contradiction la plus hardie: