Nous avions reçu du gouverneur du Pendjab, sir Robert Egerton, une invitation pour habiter chez lui pendant notre séjour dans ce sanatorium britannique.
Aux Indes les chemins de fer sont relativement à bon marché et parfaitement appropriés à la température du pays. On peut très bien y dormir; chaque voiture est munie d’un cabinet de toilette et, en plus, d’un ventilateur à eau; grâce à ce système, le voyage est rendu moins fatigant. Sur tout le parcours, les stations sont propres et bien tenues et possèdent toutes des buffets. La quantité d’indigènes de toutes nations qui voyagent en troisième est quelque chose de remarquable et de pittoresque.
Ces peuples orientaux acceptent les progrès de la civilisation moderne avec une superbe indifférence, dont le flegme britannique n’est qu’une pâle imitation; c’est comme une pierre fine et une pierre fausse. Ils se servent de nos progrès, quitte à reprendre l’instant d’après leurs anciennes habitudes, sans regrets, comme sans désirs; leur indifférence égale leur indolence.
De Bombay à Allahabad, où il faut nous arrêter du matin jusqu’au soir pour reprendre notre route, la distance est de trente-six heures.
Allahabad est un lieu de pèlerinage renommé.
Lorsqu’un Hindou part pour un pèlerinage, il se fait d’abord raser la tête, jeûne et offre aux morts un sacrifice qu’on appelle chraddhar; généralement le pèlerin fait le voyage à pied, car s’il le fait soit sur un bateau, soit dans un palanquin, le pèlerinage est réduit à moitié. Pendant le voyage il ne doit manger qu’un peu de riz et doit s’abstenir de ses ablutions. Le jour de son arrivée, il jeûne et, après quelque temps de repos, se rase le corps de la tête aux pieds, prend un bain et offre un second sacrifice aux morts. Le temps de son séjour dans le lieu du pèlerinage est fixé à sept jours. Puis, à son départ, les brahmines lui donnent, en échange de ses dons, des fleurs, des feuilles de toulasi et des cendres de bouse de vache qui sont restées dans le sanctuaire et ont été sanctifiées par cela même: en résumé, des cadeaux qui ne les ruinent pas. Si c’est une femme qui accomplit le pèlerinage, alors on ne lui coupe pas tous les cheveux, mais seulement une petite tresse par derrière.
Il faisait dans ce lieu réputé saint une chaleur épouvantable; nous eûmes le soir, avant le départ du train, un ouragan de sable très violent, assez fréquent ici; c’est, du reste, le seul rafraîchissement dans ces climats, chauds à plus de 45° à l’ombre.
Gaya et Bénarès sont aussi fameux pour leur sainteté. A Bénarès même, les heureux pèlerins qui meurent sans avoir fait pénitence de leur péché font malgré cela leur salut.
En faisant ces pèlerinages, l’Hindou est persuadé qu’il obtient la protection du dieu qu’il honore et que, par elle, il sera reçu au ciel (ne nous moquons pas de sa pieuse croyance), où trône le dieu qu’il a honoré.
L’Inde est fameuse pour la fabrication de ses cuivres, mais nulle part cette fabrication n’est aussi considérable qu’à Bénarès. Dans cet endroit on confectionne un alliage composé de huit métaux: or, argent, fer, étain, plomb, mercure, cuivre et zinc. Cet alliage est parfait, et les objets qu’on en fabrique ont une valeur incontestable. Outre les idoles qui garnissent la plupart des temples, on fabrique à Bénarès des vases, des coupes, des plats, etc., etc. Ces derniers objets sont exportés jusqu’en Europe, et l’on en trouve dans nos grands magasins de nouveautés.