Groupe de Ladakis.

Nous achetons le costume d’un Ladaki, que, entre parenthèses, nous payons assez cher. Cet habillement doit son caractère au bonnet dont ils se couvrent le chef, bonnet qui est en velours sombre garni d’une bordure éclatante et qui ressemble à celui des Napolitains; mais il est moins pointu, beaucoup plus large et beaucoup plus volumineux. Les Ladakis portent une longue robe en laine blanche serrée à la taille par une ceinture, un pantalon, des bottes en grosse laine et peu montantes. Leur jambe est entourée d’une bande de coton sur laquelle court un ruban de couleur qui sert à la maintenir. Une boucle d’oreille à l’oreille droite et un bracelet. Un briquet pend à leur ceinture. Ils ont en plus une seconde écharpe dans laquelle ils se drapent.

Le costume des femmes est à peu près pareil à celui des hommes, moins le bonnet. La robe est garnie d’un gros effilé de laine imitant la fourrure. Leur coiffure consiste en une longue bande d’étoffe, toute garnie de grosses turquoises percées aux deux extrémités afin de pouvoir les fixer sur l’étoffe. Cette longue bande rappelle un peu la coiffure des femmes bakchirs qui habitent les montagnes de l’Oural. Mais chez ces dernières les cheveux sont enveloppés par un bonnet tout couvert de perles d’où s’échappe par derrière cette longue bande qui chez les Bakchirs est garnie de coquillages et de broderies. Chez les Ladakies, les cheveux embrouillés et tressés se mêlent à cette étrange coiffure, qui se vend un prix excessif. Lorsque nous voulûmes en acheter une, on nous demanda de 250 à 300 roupies. Nous dûmes y renoncer, tant le prix était élevé.

A Srinagar, chez la femme du gouverneur anglais de Leh, j’ai vu une jeune femme ladakie, sa servante, qui avait un très riche costume; elle portait en outre à ses poignets des cercles en porcelaine qu’elle avait eu toutes les peines du monde à faire entrer; ses mains avaient été meurtries pendant plus de huit jours, et les cicatrices étaient restées assez longtemps. Aussi ces bracelets, une fois mis, ne quittent plus les poignets.

La polyandrie est en usage chez les Ladakis, et, comme dans le Koulou, les frères ont souvent la même femme, ce qui n’empêche pas que la femme prend quelquefois en outre pour époux un étranger qui s’introduit dans la famille sans que personne y trouve à redire.

La jeune servante que nous avons vue à Srinagar, chez la femme du fonctionnaire anglais attaché au service du maharadjah, avait déjà changé trois fois de mari, alléguant toujours qu’il ne lui plaisait plus. Cet usage de la polyandrie est une raison économique au suprême degré et qu’il est impossible de détruire; il empêche l’augmentation par trop nombreuse de la famille. Les biens ne sont pas divisés, et c’est une cause vitale dans un pays si pauvre, paraît-il, et où toutes les terres qui peuvent être cultivées sont défrichées depuis longtemps.

Ils ne peuvent pas non plus se livrer à un grand commerce, à cause de la difficulté des communications. Le riz, par exemple, est chez eux un objet de luxe. Le bois est rare dans ce pays, où pourtant on en a grand besoin. Dans les montagnes il y a des conifères, mais la difficulté du transport rend l’exploitation impossible; aussi le plus généralement on brûle ou de la fiente des animaux, ou des arbustes dont on fait des fagots.

Riche ladaki (Karghil).