L’argent est considéré comme une marchandise, le taux en est excessivement élevé; celui-ci diffère suivant l’objet ou la caste et, de 15 p. 100, peut aller jusqu’à 60 p. 100. Leur manière de faire le commerce est fort différente de la nôtre: si vous voulez un objet, ils vous le font tel prix; mais si vous en voulez une grande quantité, au lieu de diminuer le prix, ils l’augmentent; puisque vous en avez besoin, il faut que vous le payiez. Aussi pour un collectionneur la chose est fort difficile, car, lorsque le marchand soupçonne votre désir d’acquérir un objet, il vous fait un prix exorbitant une chose qu’il vous donnerait pour rien.
Depuis que M. Clarke et M. de Ujfalvy ont laissé percer leur intention de posséder de vieux objets, nous sommes assaillis par tous les marchands; on nous apporte toutes les vieilles batteries de cuisine du Cachemire.
Ce sont des chàd’àn pour le thé, des bartàn, sales encore des restes de tomates, des kalweh-josh pour le café, souvenir d’autrefois, car les Cachemiris d’aujourd’hui sont trop pauvres pour acheter cette boisson parfumée. Les plats sont usés à force de voir le feu.
Ces objets sont magnifiquement travaillés: les uns ont des inscriptions tirées du Coran, les autres ont des épigraphes gaies, telles que: «Je suis une bonne marmite, le modèle des marmites, un collier de perles», etc., etc.
D’autres encore sont datés, sans craindre, comme les femmes, de révéler leur âge aux curieux.
Enfin, nous étions tellement assaillis au mounchi-bagh que nous prîmes le parti de nous réfugier à Goupikar, près de M. E..., et d’y faire dresser notre tente près de la sienne.
Notre habitation n’était plus tenable; aussitôt que nous nous promenions sous les beaux platanes bordant le Djelum, cinq ou six marchands nous entouraient à la fois, sortant de dessous leur écharpe toute espèce de vieux cuivres aux formes élégantes, au travail fin et décoré de la palme légendaire.
Le samovar cachemiri, qu’on appelle yarkandais, tout en étant de même système que celui adopté par les Russes, est moins commode à cause du manque de robinet, mais il est beaucoup plus artistique et beaucoup plus gracieux que son frère le moderne.
La veille de notre installation à Goupikar, le maharadjah était parti pour Djammou, sa capitale d’hiver. Son départ avait été fixé par les Pandits, qui attendent pour cet effet un jour favorable, en consultant la lune, dont ils choisissent le premier ou le dernier quartier.
Le maharadjah n’oserait pas faire un pas sans leur assentiment.