Le chemin de fer de Raoul-Pîndi à Lahore est un peu dangereux, car il parcourt une pente très raide, et les éboulements sont assez fréquents. Nous dormons malheureusement au moment de ce passage, dont nous n’aurions, du reste, pas très bien pu nous rendre compte la nuit. Les chemins de fer sont bien organisés, et le prix des places, relativement aux distances énormes qu’on franchit, est très peu élevé.
Que nous sommes heureux de retrouver ce genre de locomotion occidentale! Nous humons la civilisation à l’odeur de cette fumée épaisse qui s’échappe en hurlant de ce noir tuyau. Son souffle ardent et puissant nous emporte avec une vitesse inaccoutumée, et la silhouette de notre patrie nous apparaît déjà dans notre imagination. Que de lieues il nous reste pourtant encore à faire!
Le matin nous sommes à Lahore; nous avons dormi et nous nous trouvons dispos.
Le pont que les Anglais ont construit sur le Ravi ou l’Hydraote des anciens est très beau.
Elle est une de nos vieilles connaissances, cette rivière; aussi la revoyons-nous avec plaisir.
Un malentendu a empêché sir Robert Egerton d’envoyer ses voitures à notre rencontre, mais le mal n’est pas grand, la gare en est remplie. Nous en prenons deux, une pour nos bagages et une pour nous, et nous nous faisons conduire au palais du gouverneur.
Sir Robert et lady Egerton nous reçoivent avec leur grâce accoutumée et s’excusent vivement de ce malentendu.
C’est avec sir Robert Egerton et sa femme que le soir, au coucher du soleil, nous visitons la ville. Nous sommes traînés dans une magnifique voiture à quatre chevaux escortée de deux cavaliers. Au trot de ce bel attelage nous parcourons les grandioses avenues que les Anglais ont fait percer.
Lahore est la capitale du gouvernement du Pendjab, pays des cinq rivières. Le Satledj, le Béia, le Ravi, le Tchinab et le Djelum arrosent ce pays, très peuplé et bien cultivé. Il est renommé pour sa salubrité, et l’hiver y est plus froid que dans les autres parties de l’Inde. Dans la saison où nous sommes, les soirées, les matinées et les nuits sont très fraîches; mais, lorsque le soleil donne, il fait encore excessivement chaud.
Toutes les productions qu’on y transporte s’acclimatent très bien, et les Anglais y ont fait de nombreuses plantations; des arbres s’élèvent maintenant en grand nombre au-dessus de ses immenses plaines. Les chevaux, qui y sont très beaux et très solides, ressemblent, dit-on, à ceux de l’Irak.