Cette ville célèbre est très ancienne, et autrefois, avant le passage du cap de Bonne-Espérance, de nombreuses caravanes la fréquentaient, de sorte que le commerce y était très grand. Sa position l’a rendue le théâtre de guerres sanglantes. Ses habitants ont toujours bravement résisté aux invasions, mais le succès n’a pas toujours été de leur côté, et ces luttes l’ont soumise à différents maîtres dont elle a dû subir le caprice.

Houmaïoum et Jehan-Ghir la comblèrent d’embellissements; mais leurs successeurs l’abandonnèrent pour Delhi. Le Ravi lui-même a changé de place, et, suivant les faveurs de la fortune, s’est éloigné de la ville, la délaissant d’un quart de lieue à peu près, ce qui a beaucoup nui à son commerce. Près d’elle, dans une montagne voisine, on trouve une mine de sel très abondante; et le sable et la vase de ses nombreuses rivières recèlent de l’or, de l’argent et du cuivre.

Les Anglais en ont fait la capitale de leur gouvernement: deux routes magnifiques, longues de cent vingt lieues, conduisent l’une à Delhi, l’autre au Cachemire, mais rien n’y fait; la fortune l’a abandonnée, et Lahore est une ville déchue de ses anciennes splendeurs.

C’est encore dans cette ville que fut découverte la manière de faire l’essence de rose. On raconte que la favorite (Begoum) du sultan, cherchant tous les moyens de captiver davantage l’empereur, eut l’idée de lui faire prendre un bain dans un étang de roses: elle fit donc emplir un des réservoirs de son jardin. Le soleil brûlant des Indes chauffa cette eau, l’essence qu’elle contenait se concentra et se transforma en huile qui remonta à la surface de l’eau. On crut à une corruption et l’on s’empressa de nettoyer le bassin, mais l’odeur délicieuse qui s’échappait en faisant ce nettoyage donna l’idée d’extraire des roses le parfum exquis qui s’exhale de cette fleur et en fait cette reine de tous les pays qu’elle embellit de sa présence. A partir de cette époque, les rois de ces contrées se baignèrent dans cette eau parfumée, et la célèbre baignoire en agate toute sertie d’or, qui avait la forme d’un bateau, pouvait en contenir huit muids. C’est dans cette baignoire que les successeurs des sauvages et grossiers Mongols, nés sous une tente et accoutumés à toutes les intempéries, à toutes les vicissitudes d’une vie errante, baignèrent leurs membres amollis et habitués maintenant au luxe et aux splendeurs qui s’attachent au trône de ces paresseux pays asiatiques.

Sur le dos d’un éléphant surmonté d’un nikdember, sorte de palanquin dont je ne vanterai pas la commodité, et en compagnie de M. Dane, nous visitâmes la vieille ville de Lahore.

Ces rues étroites, aux maisons coloriées, sont de beaucoup plus animées que celles des autres villes que nous avons parcourues. Sur notre éléphant, nous sommes à la hauteur des balcons et des croisées, ces croisées orientales percées de mille trous, à travers lesquelles les femmes de haute condition peuvent satisfaire leur avide curiosité. Les autres sont hardiment aux fenêtres et nous regardent étonnées; avec un peu de bonne volonté nous pourrions leur serrer la main.

Notre lourde et majestueuse monture tient presque toute la largeur de la rue sans trottoir; les passants se réfugient sur la porte des boutiques; les chameaux se garent contre les maisons, et les chevaux, tremblants à la vue de leur ennemi, se cabrent sous leurs cavaliers.

Comment n’avons-nous pas causé d’accidents? c’est ce que je ne saurais dire.

Nous nous arrêtons d’abord à plusieurs mosquées magnifiques, puis à une resplendissante galerie de glaces et à un petit palais, véritable bijou de marbre au milieu de verdure, bâti par un roi sick.

Toutes ces splendeurs passèrent devant nos yeux éblouis, et si je ne vous en fais pas une description, chère lectrice, c’est que j’aime mieux vous renvoyer au magnifique ouvrage de M. Rousselet, édité avec un grand luxe par la maison Hachette. Vous y gagnerez, chère et aimable lectrice, car ses splendeurs sont admirablement décrites par notre illustre compatriote, qui nous a précédés il y a longtemps dans ces pays lointains.