Nous ne pouvions faire un voyage dans l’Inde sans aller admirer cette originale cité. C’était déjà bien assez d’avoir été obligé de brûler Amritsir, la ville au temple d’or des Sicks, située à une heure au plus de Lahore, dans le gouvernement du Pendjab. Mais en ce moment une épidémie de fièvre cholérique la ravageait, deux cent cinquante personnes mouraient par jour de cette horrible maladie, en sorte qu’on nous déconseilla fortement de nous y arrêter.

Après avoir été jusqu’au fin fond du Baltistan, par des chemins où chaque pas est un danger, contempler les plus beaux glaciers du monde, et en être revenus sans aucun accident, il eût été plus que désagréable de mourir en revenant frappés par une de ces maladies aveugles.

Donc, malgré notre grand désir, nous nous résignons à être raisonnables, mais c’est avec regret que nous prenons nos places pour Delhi.

Le chemin de fer de Lahore à Delhi met vingt-quatre heures à franchir cette énorme distance.

Il est impossible de pouvoir se rendre bien compte de la route: lorsque le soleil donne, il faut fermer les fenêtres. Chaque ouverture qui est dans le compartiment peut se clore au moyen d’une jalousie, d’un carreau bleu et d’un carreau blanc.

Ces trois fermetures sont indispensables; par ce soleil indien et par cette poussière, quand ce n’est pas l’une de ces incommodités, c’est l’autre.

Le seul moment agréable qu’on ait dans ces voitures roulantes est le soir à la tombée du jour, ou le matin à l’éveil de l’aurore; mais celle-ci est courte, le soleil l’a vite remplacée, et les triples fermetures doivent lui barrer le chemin.

C’est le matin que nous arrivons à Delhi, cette rivale de Lahore, qui s’appelait autrefois Indra-Prost’ha, c’est-à-dire demeure d’Indra. Cette ancienne capitale de l’empire mogol comptait autrefois plus de deux millions d’habitants. Située entre les provinces d’Agra, d’Adjmir et les montagnes de l’Himalaya, elle est arrosée par deux rivières: le Gange et la Djoumna. Son climat est doux et plus tempéré, le sol est fertile, l’état sanitaire de la province se ressent de son air pur. Ainsi le choléra, qui avait envahi Lahore et qui venait à peine de finir lorsque nous y étions, ne l’avait pas atteint.

Ces montagnes recèlent aussi de l’or, de l’argent, du plomb, du cuivre et du fer; ce dernier est si doux et si malléable qu’il est impossible de l’employer à tous les ouvrages. L’acier lui est bien supérieur; il est même de très bonne qualité.

Il faut bien dire que relativement l’or et l’argent sont rares aux Indes, et les mines de ces métaux ne sont pas nombreuses, mais les pierres précieuses y abondent; les diamants de Golconde sont réputés les plus beaux du monde; viennent ensuite le saphir et le rubis.