Imaginez-vous qu’on trouve cette pierre, qui fait l’ornement le plus envié, dans des morceaux de terre jaunâtre ferrugineuse! Que de travail et d’intelligence il a fallu à l’homme pour y tailler ces facettes étincelantes et inaltérables! Des siècles et des siècles se sont écoulés, et cette pierre est toujours restée la plus précieuse de toutes. Une seule rivalise avec elle, surtout aux yeux des Orientaux, qui ne savent pas tailler les pierres: c’est la perle fine, leur bijou favori, qui, suspendu au cou de tous leurs chefs, est toujours de mode. Car la mode, chez eux, n’est point une souveraine capricieuse comme chez nous; ce que leurs parents ont porté, ils le portent encore et le porteront sans doute toujours.

Ces perles se vendent à des prix fabuleux; elles vont quelquefois jusqu’à deux et trois mille roupies.

C’est sur la route de Ceylan, dans le golfe de Manar, que les pêcheurs se rendent pour trouver les fameuses huîtres qui les contiennent. Quand ils reviennent avec leur pêche, la vente de leur produit commence. Cette vente est pour ainsi dire une loterie, car le vendeur ne sait pas ce qu’il vend, ni l’acheteur ce qu’il achète. Ces mollusques, en effet, sont vendus par tas, et quelquefois un lot renferme beaucoup plus de perles qu’un autre.

Mais il n’y a pas moyen de faire autrement, les huîtres sont fermées, il faut acheter chat en poche, et les échanger contre des roupies d’or ou d’argent ou bien encore contre des traites payables chez les banquiers et que les indigènes acceptent avec grande confiance.

Est-ce un bon lot, en est-ce un mauvais? Rien ne peut l’indiquer. Trouvera-t-on des perles de la nature de celles qui ornèrent le ruban de Hyder-Ali et qui, au nombre de soixante-dix, formaient un double rang et valaient ensemble le prix fabuleux de six cent dix mille francs?

C’est aussi de ces montagnes qui enferment Delhi qu’on tire le borax, si utile à nos blanchisseuses. La différence est grande entre cet ingrédient et le précieux diamant qui sort aussi de leur sein. Mais tout s’enchaîne dans la vie, et c’est en mêlant l’agréable à l’utile que celle-ci s’écoule avec la plus grande facilité.

La province de Delhi est le rendez-vous naturel des plus belles fleurs et des meilleurs produits de l’Inde; c’est probablement à cette réunion de faveurs qu’elle a dû sa prospérité et sa splendeur.

Quelle belle ville elle était autrefois, avec ses palais, ses jardins les plus beaux du monde, ses trente et quelques portes par l’une desquelles Timour entra pour prendre possession de cette superbe cité!

Elle fut détruite et rebâtie, et aujourd’hui encore, bien qu’elle ne puisse pas se comparer à l’ancienne, c’est une ville qui, quand on l’a vue, reste dans la mémoire.

La beauté de ses monuments, de ses mosquées aux sveltes minarets dont l’œil ébahi contemple les merveilles, ces palais en marbre travaillé comme les plus fines dentelles, ces rues larges dans lesquelles un peuple bigarré se presse, se heurte, se coudoie, s’agite avec cette majesté orientale qui ne l’abandonne jamais dans les plus simples actions de la vie, ces jardins merveilleux, modèles de goût et d’arrangement, ce trône splendide qu’on ose à peine croire destiné à un mortel, toutes ces choses laissent une impression ineffaçable, que l’éloignement, loin d’amoindrir, augmentera encore.