L’imagination ne verra plus ces quelques rues étroites, restes encore parlants de l’époque où la défense d’atteler des chevaux était un édit des plus humains. Les empereurs eux-mêmes n’enfreignaient pas la règle, et leurs chars riches et somptueux s’avançaient au pas lourd et traînant des bœufs.
Qu’elle devait donc être belle, cette ville aux trois cités décrites par Schériffedin, l’historien du célèbre Tamerlan, l’heureux vainqueur mogol qui, en sortant de la glorieuse Samarkand, trouvait encore une plus merveilleuse capitale!
C’est encore à M. Rousselet, chère lectrice, que je vous renverrai pour connaître les splendides beautés de cette métropole asiatique. Nul mieux que lui ne nous fera connaître les bâtiments incomparables créés par ce peuple; son style étincelant vous mettra devant les yeux toutes ces fantastiques conceptions orientales.
Nous quittons Delhi avec l’idée de ce que peut être une de ces villes dont les contes des Mille et une Nuits ont peuplé notre mémoire d’enfant. Qui n’a pas vu ce spectacle, n’a rien vu de l’Orient.
Le chemin de fer nous emporte; que notre imagination nous retrace encore ce coup d’œil animé et grandiose!
Nous sommes obligés de faire un coude pour aller à Agra, capitale des provinces nord-ouest du Bengale. Cette ville, bâtie sur la rive droite de la Djoumna, doit sa renommée au magnifique tombeau de Tadj que l’empereur Jehan-Ghir fit élever pour demeure dernière à sa femme bien-aimée, Nour-Djihan.
C’est la merveille des merveilles, et M. Rousselet en fait une description complète, ainsi que de la belle mosquée Mouti-Mousgide ou mosquée des Perles. Quant à la ville elle-même, elle n’a rien d’intéressant, mais la forteresse qu’Akbar fit bâtir lorsqu’il voulait faire de cette cité la plus belle de l’Inde, est encore debout.
Le commerce fleurit dans cette ville. Ses couvertures, ses étoffes, ses tapis et ses glaces sont renommés. L’indigo et la cochenille sont des produits excellents chez elle et, par suite, excessivement recherchés par les commerçants.
Après ce temps d’arrêt obligé, nous reprenons la voie ferrée qui doit nous conduire à Bombay en passant par Ahmedabad, ville de Guzzerat, riche en mosquées, en mausolées.
Les premières sont toujours entourées de jardins et bâties sur de hautes terrasses; ses maisons, en bois et en briques, ne sont pas peintes, chose rare dans l’Inde.