Le 8, orage et pluie torrentielle jusqu’à dix heures. C’est long. Mais tant pis! La pluie n’arrête pas les braves; nous faisons charger les mulets. En route!

Le soleil a reparu; le chemin sera plus frais et les arbres de la forêt embaumeront les airs de leur parfum printanier.

Indigènes des environs de Simla.

Quelle délicieuse route, toute boisée au nord! Aussitôt qu’un aplatissement le permettait, la terre, labourée en gradins, laissait sortir de son sein de beaux épis de blé qui s’épanouissaient et se doraient sous les rayons ardents du soleil. Dans le fond, à peine voyait-on le torrent qui, comme un mince filet d’argent, arrosait capricieusement ces gorges dérobées. Que de quartiers de roche on avait dû faire sauter pour construire cette route et la conduire au milieu de ces dédales montagneux! Des sinuosités rocheuses nous frôlaient à chaque instant et risquaient d’emporter nos chapeaux, perte irréparable pour nous.

A midi, le temps avait gardé, malgré le soleil, un peu de sa fraîcheur du matin; aussi, mis en belle humeur et après nous être reposés, nous faisons une autre étape, qui nous mènera à Mandian. C’est au milieu d’un parc anglais que nous croyons marcher, tant ces montagnes qui s’entre-croisent sont belles! Quelques fermiers anglais, dont on aperçoit les maisons aux murs blancs, sont venus s’établir dans ces sites enchanteurs.

Le soleil a vaincu pourtant. Si nous ne marchions pas sous ces épais ombrages, nous serions bien incommodés par lui. Nous le sentons lorsque nous nous trouvons sur ces corniches et sur ces balcons dénudés, surplombant le précipice à des hauteurs vertigineuses. Au milieu du chemin heureusement, après un passage des plus étroits, je ne sais quelle mouche piqua le cheval que montait le domestique de M. Clarke, mais, au moment où ce dernier ayant ordonné au premier de passer en avant pour aller au bungalow prochain commander notre dîner, au moment où nous nous garions, l’animal hennit et se rua sur le cheval que montait M. Clarke; celui-ci, pris à l’improviste, tomba et roula sur le flanc de la montagne; par bonheur, il fut arrêté par un buisson.

Ses blessures n’étaient pas graves; il avait eu le front labouré par les sabots du cheval, nous le pansâmes à une belle source voisine. Il fut obligé, malgré un grand mal de tête, de marcher jusqu’à la station prochaine, car sa bête avait eu la jambe écorchée et était tout en sang. M. de Ujfalvy lui persuada de renvoyer le cheval avec l’indigène; cette bête, n’étant pas habituée aux montagnes, pourrait nous causer des accidents encore plus graves.

Mandian est admirablement situé sur un plateau entouré de belles montagnes.

En arrivant au bungalow, nous ne trouvons pas notre dîner prêt. Aussi le kansana ou cuisinier nous proposa-t-il, en attendant, d’aller chasser une tigresse et ses petits, qui mettaient en émoi tout le village. Ces messieurs, mal armés pour cette chasse, au fond du cœur peut-être mal disposés, déclinèrent cet honneur, et M. Clarke, la tête emmaillotée, s’allongea. Mon mari s’occupa de ses chevaux, qu’on nourrit ici avec une espèce de pois chiche appelé grâm, qui remplace très bien l’avoine.