Les goitres sont fréquents chez les habitants de ce pays; la coutume qu’ils ont d’orner de bijoux cette difformité la rend encore plus apparente. Nous rencontrons des indigènes en villégiature sans doute, car ils se tiennent groupés près de la station. C’est toute une famille. La femme filait avec son pied; une autre coiffait son mari; un homme dévidait du fil, se servant aussi de son pied, et un autre sciait du bois, se servant du pied comme d’un étau. La flexibilité de ces basses extrémités est extraordinaire chez ces peuples; cela tient sans doute à la liberté qu’ils leur donnent.

Le 16 nous partons pour Ourli en traversant le (Biasse?). La corniche qui longe cette rivière est un des plus dangereux chemins que nous ayons suivis, car la route s’élève à pic à une hauteur vertigineuse, et la voie est juste assez large pour laisser passer nos bêtes. S’il survenait une rencontre, je ne sais comment nous ferions. Après deux heures nous quittons cependant cette dangereuse corniche et nous campons à Ourli; il n’y a ni bungalow ni rest house, et nous dressons nos tentes.

Vallée du Tirtan-Nadi.

En arrivant au village, nous rencontrons la poste, qui est vraiment très bien organisée. Ce sont des hommes qui se succèdent d’étape en étape; celle-ci est presque toujours de douze milles anglais. Le messager court en portant un bâton à la main garni de petites clochettes, lesquelles, par leur bruit, avertissent les piétons d’avoir à se ranger.

Le 17 nous atteignons Soultanpour, capitale du Koulou. Nous nous sommes levés de bonne heure afin d’arriver avant la trop grande ardeur du soleil; mais malgré cela il fait déjà bien chaud avant que nous soyons parvenus à cette ville.

Soultanpour, capitale du Koulou.

Nous rencontrons des femmes surchargées de bijoux; je me demande comment leur pauvre tête peut porter tout cela. Le nez se voit à peine, et les oreilles sont recourbées par le poids dont elles sont ornées. Il paraît, du reste, que c’est tout à fait joli de l’avoir grande et garnie de ces pendants. On appelle cela avoir une oreille «de lis». Voilà comment, dans tous les pays du monde, la manière de considérer le beau n’est pas la même, et comme les femmes se donnent beaucoup de peine pour se rendre plus laides qu’elles ne sont; en outre, elles sont couvertes de beaux vêtements en laine. Les Hindous de la plaine ont du coton. La façon dont elles mettent leur vêtement n’est plus la même: il forme jupe autour de la taille et se remet autour du cou en laissant celui-ci à découvert. Ces ajustements tiennent sans cordons, sans épingles chez les hommes. Les femmes se servent seulement de deux grosses épingles avec lesquelles elles retiennent leur vêtement sur la poitrine. Quelques-unes portent une jupe et un corsage à taille très courte. Nous les arrêtons pour voir de près comment sont posés leurs vêtements, car elles reviennent d’une fête et sont dans leurs plus beaux atours; elles sont enchantées d’attirer notre attention, et les maris aussi. Quelle profusion de bijoux! Le mari doit se ruiner? Non, car dans cet heureux et beau pays du Koulou, qu’on pourrait peut-être appeler le paradis des femmes, ces dernières ont plusieurs maris, quelquefois six ou sept, qui sont presque toujours frères. On pourrait croire que la jalousie et la discorde tourmentent les habitants; il n’en est rien cependant: la plus parfaite harmonie règne dans ces ménages, où tout est réglé d’avance.

La polyandrie est, du reste, une des coutumes les plus curieuses des populations de l’Himalaya occidental, et, comme ces questions ne sont pas de ma compétence, je me bornerai à citer l’opinion de quelques-uns des voyageurs qui m’ont précédée et qui ont traité cette grave matière.