Temples de Baïdjnath.

Non loin du temple s’élève un autre bel arbre, dont les feuilles sont pointues et qu’on appelle, je crois, le cusa. Cet arbre, sacré aux yeux des Hindous, a le tronc entouré d’une maçonnerie: tel le veut l’usage.

Les indigènes ont un grand culte pour certains arbres; ils les soignent, les arrosent et les plantent près de leurs maisons, ou les entourent, comme je viens de le dire, d’un carré de maçonnerie qui les fait facilement reconnaître et les préserve de toute souillure. Lorsqu’ils plantent un de ces arbres, ils le consacrent toujours par des cérémonies religieuses. L’arbre une fois consacré, soit à Vichnou, soit à Siva, les deux grandes divinités qui se partagent à notre époque le culte des adeptes du brahmanisme, ils demandent au dieu de vivre dans le ciel autant d’années que cet arbre en mettra à étendre ses racines dans la terre. Ils se gardent bien d’en couper les branches et encore moins de les tailler, et ils se feraient un grand scrupule de brûler celles qui sont mortes.

De beaux cotonniers entourent la ville, et les bambous étalent leurs branches flexibles et gracieuses; leur hauteur atteint celle des arbres, et l’on se sent à l’ombre sous leurs belles touffes.

Entre Baïdjnath et la station suivante de Palampour on ne voit que des plantations de riz et de thé.

Ma gazelle est morte dans ce trajet, pauvre petite Djibi!... Ce sont ces hommes, ces cris qui l’auront effrayée; la pauvre petite bête est morte de peur dans mon douli.

Quel voyage! Le choléra est à Bud, entre Palampour et Dharmsala. Ce petit village est entouré d’un cordon sanitaire, et pour nous le colonel Jenkins, commissaire du district, a levé la consigne, mais nous ne devons que le traverser, car il nous est défendu d’y rester même une heure. C’est donc 33 kilomètres qu’il nous faut faire d’une seule traite. Aussi à cause de nos bêtes avons-nous pris le parti de louer des hommes et de nous faire porter en douli.

Le douli est une sorte de boîte-bambou plus long que large dont le fond est en corde végétale et tout recouvert d’étoffe, assez haut pour qu’on y puisse tenir assis. On y installe des matelas et, si l’on veut, on s’y couche. Une petite tablette est disposée à vos pieds pour recevoir les valises. Il faut huit hommes pour vous porter; ils se relayent quatre par quatre.

Après un violent orage, nous partons à quatre heures du soir. M. Clarke, qui avait eu l’idée d’un voyage en douli, préférant beaucoup cette manière de voyager à celle du cheval, nous précédait; moi j’arrivais la seconde, avec ma Djibi, tout effrayée de ces huit hommes; M. de Ujfalvy fermait la marche.

A peine avions-nous dépassé Palampour que mon mari déclare qu’il se sent mal à l’aise et ne peut supporter le balancement du douli; il envoie alors chercher son cheval. La bête arrivée, M. de Ujfalvy la monte. Qui est enchanté? Ce sont les huit coulis, leur figure est radieuse; mais celle des coulis de M. Clarke s’assombrit, malgré les regards sévères du tchouprassi que M. Jenkins avait envoyé pour nous accompagner. Il y a trois hommes de plus pour porter les torches le soir, ce qui rend notre cortège tout à fait respectable.