Il y a trois sortes de thé à Kangra: la première qualité est le thé le plus fin, la deuxième le moyen, et la troisième les grandes feuilles. Le thé étant tout à fait prêt, on le met dans des sacs en papier de plomb, qui sont pliés dans un moule de bois, afin qu’il n’y en ait pas un plus rempli que l’autre.

Le thé de Kangra, c’est ainsi qu’on appelle celui qui se cultive dans les environs de cette ancienne ville, qu’on aperçoit de Dharmsala, se vend, sur les lieux mêmes, 8 anas ou 1 fr. 05 le demi-kilogramme. C’est le meilleur des Indes.

Lorsqu’on veut fabriquer du thé vert ou du thé jaune, au lieu de le laisser sécher par l’air, on le sèche tout de suite au four, afin que les sucs astringents n’en soient pas exprimés. C’est ce qui rend ces espèces de thé si excitantes.

C’est avec la feuille de jasmin qu’on obtient le parfum du thé; aussi les Chinois, qui étaient dans ces pays avant les Anglais, ont planté partout du jasmin, et les routes de cette partie des Indes sont remplies de cette odeur pénétrante.

Je remerciai beaucoup le propriétaire de cette belle plantation, pour m’avoir donné toutes ces explications et fait exécuter sous mes yeux les travaux de préparation. M. Hogdson est un cadet de bonne famille qui est venu aux Indes afin de se créer une position, son frère aîné ayant tout, lui ne possédant que le souvenir d’un château superbe que son frère habite en Angleterre. Je ne sais s’il a réussi dans ses désirs; mais ce que j’ai pu constater, c’est que, depuis cinq ou six ans qu’il est établi dans les environs de Dharmsala, il parle l’hindoustani très couramment.

Il est certain que si les parents anglais n’étaient pas obligés d’envoyer leurs enfants en Angleterre, pour raison de santé, quand ils atteignent l’âge de cinq ou six ans, ceux-ci ne sauraient presque plus parler leur langue, et l’hindoustani fleurirait seul dans ces contrées. Fait étrange à constater, l’Anglais, dans l’Inde, apporte avec lui ses mœurs, ses usages, ses coutumes, reste toujours le même et parle pourtant la langue de ses subordonnés, qu’il méprise du haut de sa grandeur.

Plantation de thé dans les environs de Kangra.

Nous restons à Dharmsala plus longtemps que nous ne l’avions pensé d’abord; la saison des pluies venait de commencer, et M. Jenkins ne voulait pas nous laisser partir pour le Tchamba, la route étant impraticable en cette saison. Le colonel ne voulait pas prendre sous sa responsabilité de nous exposer aux dangers qui peuvent se présenter sur ces chemins difficiles, sujets à des éboulements fréquents, ou de nous obliger à franchir des torrents qui sont d’une telle impétuosité qu’il est impossible de les traverser. Il arrive même parfois que vous êtes passé et que vos serviteurs, un peu en retard, ne peuvent plus franchir cette rivière furieuse. Si la pluie ne dure que quelques heures, l’ennui n’est pas grand; mais si, au contraire, elle tombe pendant trois jours entiers, ce qui arrive le plus souvent, vous êtes exposés à un cruel supplice. Éloignés des villages, rendus inaccessibles par les pluies, vous devez pendant ce temps supporter l’humidité et la faim.

M. de Ujfalvy télégraphia à M. Lyell de lui envoyer la permission de nous rendre au Cachemire par la route de Djammou, qui est essentiellement réservée au service du maharadjah du Cachemire. Il nous était trop pénible de songer à descendre dans les plaines pour reprendre la route postale et habituelle qui conduit à Srinagar.