A défaut de belles soieries, nous rencontrâmes à Kangra un devant de boutique en bois sculpté, avec des figurines émaillées, qui attira l’attention de notre compagnon. Sa bourse, bien fournie par le musée de Kensington, pouvait lui permettre cette dépense, et il demanda au propriétaire s’il consentait à s’en défaire.

Celui-ci lui répondit qu’il avait besoin de la devanture de sa boutique et qu’il ne pouvait la lui vendre, mais qu’il en ferait une toute semblable. M. Clarke objecta que la copie ne vaudrait jamais l’original. Alors le propriétaire lui répondit: «Qu’à cela ne tienne! si, lorsque la neuve sera faite, vous voulez m’en donner le prix, je garderai celle-ci et vous prendrez la vieille.» Ce naïf indigène pensait dans son for intérieur que cet homme était bien simple de préférer le vieux au neuf. «Et, dit-il, de cette façon chacun sera content.»

Kangra possède un temple bien plus grand que celui de Baïdjnath, mais qui est loin de le valoir pour la beauté des détails. Son dôme, recouvert d’or pur, en est sa plus grande curiosité.

Les portes, très belles, sont en bois sculpté, et près d’elles se trouvent deux lions en or et en argent massifs, racontent toujours les indigènes.

La cour du temple est ornée de beaux arbres; on y nourrit une quantité de singes, et cet animal, sacré pour les Hindous, ne demande pas mal d’argent pour son entretien.

Il y a des radjahs qui en mourant lèguent des sommes immenses à tel ou tel temple pour nourrir ce quadrumane dont le roi (Hanoumân), dit la légende, vint autrefois au secours de Rama.

Le pont de Kangra, comme ouvrage moderne, est aussi très remarquable.

Kangra est formé de deux villes, dont l’ancienne est presque en ruine depuis la dernière grande famine. A partir de cette époque, les deux villes sont devenues très pauvres, et les habitants ont été réduits à vendre leurs plus beaux objets pour pouvoir subvenir à leur misérable existence.

Le soir, M. Clarke partit en douli, pour nous attendre à Nourpour; quant à nous, nous partons le 30 de grand matin, car il a été convenu que nous devons, pendant le trajet, nous rencontrer à Chiapour, pour y déjeuner à midi; nous sommes exacts.