Une rue et le temple d’or à Kangra.
Chiapour est situé dans la belle et large vallée de Kangra, enclavée dans des collines au-dessus desquelles les montagnes du Tchamba se dessinent parfaitement. A six heures du soir, nous repartons pour Kôt; la route est belle; à sept heures, le soleil disparaît derrière les sommets neigeux de Tchamba; nous quittons la vallée de Kangra et nous entrons dans celle de Nourpour. Nous passons un pont en pierres taillées qui a coûté fort cher. Puis nous voyons un temple dont le frontispice est sculpté à jour et où l’on m’offre du sucre jaune.
La route est une vraie route impériale; elle passe par de beaux villages, s’enfonce entre des collines, s’abrite sous les bois, puis longe une large vallée dans laquelle la rivière laisse voir son lit pierreux. Les chèvres bondissent sur ces cailloux et vont se désaltérer dans son eau transparente. Les femelles des buffles ont les mamelles pleines de lait et regrettent, j’en suis sûre, qu’il n’y ait pas assez d’eau dans la rivière pour s’y baigner entièrement. Un dattier pousse au pied d’un pin; des bananes pendent languissamment, et les mangues demandent à être cueillies; les noix sont belles et bonnes, et le banian, ce bel arbre qui se reproduit de lui-même, forme des arcades ravissantes.
Nourpour, la dernière ville du Pendjab, du côté du Tchamba, est bâtie sur la pente d’une montagne; ses maisons en terre, à toit plat, sont égayées par la verdure.
Près de la ville se dressent les ruines du palais du dernier radjah, dont quatre tours restent encore debout; on y voit une salle superbe avec des plafonds peints dans le style oriental. La ville elle-même est ancienne et me parut plus considérable que Kangra.
En arrivant au rest house, j’étais assez fatiguée pour que ces messieurs ne voulussent pas m’emmener visiter le bazar. Ils partirent seuls et revinrent très désappointés; malgré leurs minutieuses recherches, ils n’avaient rien trouvé. Or ne rien trouver pour un collectionneur est le comble du désagrément.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, on ne tarda pas à venir nous apporter une mauvaise nouvelle. Mais le récit en serait trop long, et nous renverrons le lecteur à un prochain chapitre.
CHAPITRE VI
LE TCHAMBA
Mauvais rêves, bonnes nouvelles.—De nouveau les corniches.—La panthère aimable.—Le Tchamba.—La ville.—Le radjah Sham Singh.—Son caractère, son histoire, sa famille, son entourage.—Un cadeau superbe accompagné d’un autographe.—Le durbar.—Les Gaddis et leurs danses.—Sham Singh et son père.—Manghieri.—M. Clarke n’aime pas le voyage à cheval.—Les frontières du Tchamba.—Les envoyés du maharadjah du Cachemire.—Le Padri-Pass et ses difficultés.
La nuit que nous passâmes au rest house fut des plus mauvaises. Au milieu de nos rêves, nous nous voyions dans des chemins défoncés, suspendus à des corniches à demi écroulées, obligés même à un arrêt forcé.