Ces prunes sont très bonnes et les indigènes les emploient dans leurs ragoûts. Quant aux amandes, elles ont l’écorce beaucoup plus dure que celles de nos pays, mais le goût en est le même.

Dieu! les magnifiques platanes; ils ombrageaient cet endroit sombre, et leurs troncs respectables en étaient un des plus beaux ornements.

Pour rentrer à notre bungalow, la pluie vint à notre rencontre, ce qui n’empêchait pas les indigènes de mettre leur nez aux portes et aux fenêtres pour nous regarder passer. Nous étions pour eux un objet de curiosité. Il vient beaucoup d’Anglais à Islamabad, la ville étant très renommée, mais ils ne sont pas accompagnés du vizir et de sa suite. Malgré le flegme musulman qui cache leur ardente curiosité, leurs langues, j’en suis sûre, se seront occupées de nous, et nous aurons été pour eux un sujet inépuisable de conversation; l’Hindou est si facile à distraire; il est comme un enfant et s’amuse de chaque chose.

Rentrés au bungalow, nous retrouvons M. Clarke, et nous passons ensemble le reste du temps.

Le 24 nous sommes debout à cinq heures, car il faut nous embarquer sur ces bateaux plats qui descendent le Djilam, jusqu’à Srinagar; le chemin par la rivière est plus court et surtout plus commode, et nous avons décidé d’envoyer nos chevaux avec leurs saïs par la plaine.

Cet embarquement est quelque chose d’assez difficile et d’assez confus. Il nous faut un bateau pour M. de Ujfalvy et moi, un bateau pour M. Clarke, un bateau pour notre cuisinier et pour nos bagages, et ce chargement, quoique bien simple, ne s’exécute pas sans difficulté. Ce sont les coulis qui se trompent et portent nos bagages dans un autre bateau, il faut les appeler à grands cris et tout recommencer. Enfin, pourtant, l’embarquement est terminé.

Les barques ont généralement quatre rameurs, qui composent toute une famille, le père, la mère et les deux enfants. Mais M. de Ujfalvy en réclame deux de plus, et je soupçonne que ces deux font partie de la famille, à titre de cousins sans doute. C’est toute une caste à part que ces bateliers, qui n’ont d’autres demeures que leurs maisons flottantes, et les femmes, nous assure-t-on, sont plus que légères; leurs bateaux ne servent pas toujours à de simples voyageurs.

Ces embarcations sont larges et plates, et l’extrémité, qui est très pointue, est un peu relevée, afin de rendre l’atterrissage plus aisé. A l’arrière se placent les membres de la famille qui doivent ramer.

Ils sont quatre, ce qui fait huit bras; les deux autres sont devant; mais, comme ils n’ont qu’une rame, nous n’avons par le fait que cinq rameurs. Le milieu est réservé au voyageur; on nous fait observer qu’il y a une place pour le lit et une autre pour une table; tout est par compartiment, et ceux-ci forment double fond. Ces barques sont solidement construites en bois de tek et généralement bien travaillées. Elles sont surmontées d’un paillasson dont les côtés se relèvent à volonté suivant l’ardeur du soleil.

A cinq heures les rayons naissants de l’aurore nous laissent admirer le paysage. L’antique Hydaspe coule lentement entre deux rives assez ordinaires. Les bateliers rament avec une ardeur qui double leur force et ils chantent quelque peu; ils sont gais, chose tout à fait anormale pour des musulmans. Allons, nous arriverons bientôt!...