Le nouveau palais du maharadjah.
Au coucher du soleil, toutes les femmes sortent de leur maison, un pot en terre ou en cuivre sur leurs épaules. Leurs grandes robes rouges ou bleues, et leurs voiles qui ont été blancs, mais qui ne le sont plus, les encadrent gracieusement et prêtent à leurs traits durs et accentués quelque chose de vaporeux. Leur air toujours mélancolique fait songer malgré soi à leur triste et ennuyeuse vie. Elles viennent faire leur toilette à cette rivière qui roule lentement des eaux souvent terreuses. Puis, quand elles se sont baigné les pieds, lavé le visage, nettoyé les dents avec leurs doigts, elles emplissent de cette eau leur vase de terre et la rapportent à la maison pour en faire leur boisson et la faire servir à leurs préparations culinaires. Ce n’est rien encore lorsque toutes ces choses se font dans ce large cours d’eau qui coule pourtant et se renouvelle; mais, quand vous vous promenez sur ces étroits canaux, desservis par les lacs dont le cours est presque stagnant, d’où s’échappent de certaines petites baraques de bois, bâties d’espace en espace, des odeurs à vous faire reculer, on se demande comment des êtres vivants peuvent s’ébattre avec joie dans ces ruisseaux fangeux et boire avec délices cette eau verdâtre et puante.
Dans une promenade sur un de ces canaux avec Mme Henwey, nous avons pu voir qu’il était bien fréquenté; de grandes et élégantes habitations en garnissaient les bords. Neuf ponts aux arches sveltes et gracieuses réunissaient les deux rives. L’un d’eux était bordé de maisons au lieu de parapet. Les hommes, les femmes, les enfants vivaient là comme dans la rivière, et cependant il y avait si peu d’eau que notre bateau touchait le fond à chaque instant.
Telles sont les rues de cette capitale, surnommée la Venise de l’Orient, dont aucune voiture n’a encore foulé le sol.
La grande, la belle rue, c’est la rivière avec ses maisons en bois, ses temples garnis de fer-blanc dont la coupole s’argente ou se dore suivant le goût de ceux qui les ont construits.
Autrefois les vieilles mosquées devaient être superbes, avec leur revêtement de briques émaillées; mais elles ont disparu aussi.
Jadis le bazar devait posséder de belles marches, mais le temps a fait son œuvre, tandis que les réparations ont fait défaut; elles sont maintenant difficiles à franchir, et l’entrée laisse à désirer.
Pont sur un canal à Srinagar.