Le maharadjah se sert de ces feuilles comme assiette; tous les jours le lac lui en fournit de nouvelles et de fraîches.
Les Hindous ne mangent jamais dans de la vaisselle; le souverain même ne peut s’écarter de cette règle.
Les cuillères, les fourchettes sont aussi prohibées; les trois doigts en tiennent lieu. Les domestiques qui servent le roi sont forcés d’avoir la bouche couverte d’un linge, car leur haleine pourrait souiller les mets qu’il fait servir à sa table. Il ne dîne jamais avec les Européens, et, lorsqu’il donne un grand dîner, il conduit ses invités jusqu’à la salle du festin et se retire incontinent. Il me semble que ce manque de politesse me choquerait énormément si j’étais résident anglais.
Les belles plantes aquatiques s’entremêlent avec d’autres qui fournissent une espèce de châtaigne dont les Cachemiris sont très friands. Elles furent, dit-on, plantées par le vizir Ponoh, et sauvèrent d’une mort certaine quantité de personnes pendant la famine.
L’affermage de ces fruits produit une énorme redevance à l’État.
Vue de Srinagar.
Bientôt nous sommes au beau milieu du lac et nous abordons près d’une belle mosquée. Comme elle est bien là, entourée d’arbres, cette maison consacrée à la prière! elle regarde fièrement les eaux; son portail, bien dégagé, semble inviter les voyageurs à la considérer de plus près, mais il nous faut enlever nos souliers, et, comme nous ne voulons pas faire cette concession, les mollahs nous en refusent absolument l’entrée. Nous nous consolons; son intérieur n’a rien qui puisse nous faire regretter notre refus.
Cette mosquée possède, dit-on, un poil de la barbe de Mahomet, et tous les ans, à époque fixe, on le montre aux fidèles croyants, qui accourent en foule pour l’adorer.
Après cette visite nous abordons un peu plus loin, près d’un beau jardin de platanes. A vrai dire, ce n’est pas un jardin comme nous l’entendons; ce sont des rangées d’arbres sur une vaste étendue de terrain. Mais ces platanes sont si vieux, si imposants, qu’ils n’ont pas, je crois, leurs pareils sur terre. Dans cette partie du monde, ces arbres atteignent des proportions gigantesques, et jamais il ne nous avait été donné d’en admirer de semblables. Quelques-uns sont tellement creux, que beaucoup de personnes pourraient trouver un abri sous cette vieille écorce.