— Voulez-vous que je vous donne un coup de main ?

Des deux interlocuteurs, l’un était un homme d’une quarantaine d’années dont la figure hâlée respirait la franchise et la bonté, non sans mélange d’une certaine rudesse ; l’autre, un joli garçon de quatorze à quinze ans, robuste, bien bâti, à l’air avenant. Sous les boucles épaisses de sa chevelure brune scintillaient deux grands yeux noirs pleins de feu et d’intelligence ; la bouche, d’un dessin ferme, le menton large et carré, annonçaient la résolution poussée jusqu’à l’entêtement.

L’enfant était vêtu proprement, mais pauvrement, ses pieds nus étaient poudrés de sable de mer, et sa main droite balançait un béret de gros drap bleu qu’il avait ôté pour saluer le patron de chasse-marée.

Celui-ci avait jugé tout de suite que notre ami Yves Kerhélo (on l’a reconnu) n’était pas d’une pâte ordinaire, aussi la connaissance fut-elle bientôt faite entre eux et il le mit sur-le-champ à l’ouvrage. Le jeune gars maniait si adroitement les caisses de bois blanc pleines de boîtes de conserves, il était si vif pour les prendre, si attentif à les tendre au bon moment à l’homme chargé de les empiler à fond de cale que la besogne marcha rondement.

L’enfant maniait adroitement les caisses.

— Tu vas déjeuner avec nous, dit le capitaine Jaouen, enchanté de son nouveau serviteur, tu vas goûter la soupe au poisson qu’on cuisine à bord de la Belle-Yvonne[8], et, si elle te va et que tu sois libre, je t’emmène à Nantes. Comment t’appelles-tu ?

[8] Il est d’usage en Bretagne, dans les fermes, que les serviteurs, avant de se louer, viennent goûter la soupe, c’est-à-dire prendre un repas.

— Yves Kerhélo, capitaine, et je serai bien content d’aller avec vous.