— Oh ! oui ! toute ! toute !! monsieur.
— Tu ne dois rien de plus que la somme dont tu me parles ?
— Rien, rien au monde, je vous en donne ma parole.
— Eh bien ! je veux te venir en aide, — pas par un cadeau fais-y bien attention, — mais par une avance. Il ne faut pas que tu vendes tes souliers ni tes habits du dimanche. Tu n’en trouverais qu’une somme dérisoire et tu risquerais de perdre les habitudes de tenue décente que t’ont données tes parents et qui sont une si bonne chose dans la conduite de la vie. Tu ne vendras pas non plus ton revolver. C’est une arme utile en pays étranger, et puis sa vue sera pour toi une continuelle leçon ; elle te rappellera ce que valent les gains du jeu…
Voici ton argent et voici cinq piastres, car tu ne peux rester sans un sou devant toi. Tu vas aller payer ton matelot tout de suite, et me jurer que d’ici à ce que tu m’aies rendu mes cinq piastres, tu ne toucheras pas une carte…
— Ni après non plus, monsieur Gerbier, je le jure ! devant Dieu qui m’entend.
— C’est bien, je te crois. Pour me solder ta dette, tu laisseras tous les samedis, sur ta paie, une demi-piastre ; cela te gênera un peu, mais il est nécessaire que tu sentes le poids de ta chaîne, cela t’empêchera d’oublier que tu l’as forgée toi-même. Maintenant, donne-moi une poignée de main, tu n’as rien perdu dans mon estime… Mais ne recommence plus !
Yves, les yeux humides de reconnaissance, serra timidement la main qui lui était tendue, et partit le cœur déchargé d’un grand poids ; mais pendant bien des jours les coolies s’étonnèrent de ne plus l’entendre siffler comme un oiseau des bois, dans ses courses à travers le chantier.
XIII
Le temps avait passé rapidement pour notre ami Yves Kerhélo ; il devenait un jeune homme robuste et bien pris dans sa taille un peu courte, et comme il avait gardé ses cheveux bruns bouclés et ses beaux yeux brillants, c’était un fort joli garçon, et, ce qui vaut mieux, un brave garçon.