[25] Le nhoc-man, très en usage dans toute l’Indo-Chine, est une liqueur faite avec du poisson séché et réduit en poudre. C’est un condiment d’une forte saveur.

— Je vous traite à l’annamite, disait-il modestement ; vous avez du thé pour boisson, et du riz au lieu de pain ; je ne suis pas millionnaire, et ici, il faut être riche pour se payer du pain et du vin.

— Ton thé est excellent, dit Pierre.

— Et ton riz est si bien cuit à point ! reprit Joseph, il est aussi bon que celui des Annamites.

— Ah ! c’est que je fais bien attention à ne pas mettre trop d’eau et à le laisser se gonfler, et crever tout doucement à petit feu.

— Où as-tu appris à devenir si bon cuisinier que cela, donc ?

— En regardant faire des Annamites ; et puis à bord de la Vendée, tu sais bien, Pierre, que le capitaine Simon n’aimait pas qu’on fît de la gargote. Il avait l’œil à la cambuse !

— L’œil ! tu peux bien dire le nez plutôt ! Une fois que j’étais de quart dans ces parages-là, et que j’avais laissé brûler le rata, il l’a senti, il était dans une colère ! ah ! nom de nom !

— Et nos fruits ! dit Joseph, est-ce qu’on ne va pas leur dire deux mots ? La cong-gaï[26] les a cueillis tout frais pour moi.

[26] Femme du peuple, paysanne.