II
Le lendemain au soir, des groupes de femmes et d’enfants stationnaient nombreux sur la petite place devant l’église. On parlait beaucoup, — les Bretonnes sont loquaces, — mais à l’air, à la voix, aux gestes des assistants, on devinait un malheur dans l’air.
La foule s’écarta pour laisser passage à un ecclésiastique ; c’était le recteur[3], suivi du clerc[4] ; il marchait le front baissé et semblait péniblement affecté. Les femmes n’osèrent pas l’arrêter, mais l’une d’elles retint le clerc au passage.
[3] Le curé.
[4] Le sacristain
— Est-ce que c’est fini, Fanche Cadiou ? dit-elle.
Le clerc inclina la tête affirmativement.
Un concert de lamentations s’éleva aussitôt.
— Ah ! ma Doué ! quel malheur ! des gens qui étaient si bien chez eux ! et comment est-ce arrivé ?
— Le gros temps de cette nuit a chassé la barque sur un caillou[5], elle s’est ouverte ; le mât a cassé. Stenic Kerhélo et le mousse l’ont détaché à coups de hache et se sont mis dessus pour se sauver ; mais il ventait dur, la mer était démontée, ils étaient encore loin de terre ; quand ils ont été jetés à la côte, là-bas sur la grève de Cap-coz, le mousse était expirant et Kerhélo ne valait guère mieux. Le pauvre petit gars est mort tout de suite ; l’autre a pu être transporté chez lui, embrasser sa femme et ses enfants, raconter ce qui s’était passé, recommander son âme à Dieu et sa famille à M. le recteur, et puis, les prières finies, il a passé, juste comme un fanal qui s’éteint. Il avait eu trop de peine à se battre avec la lame… il était tué…