— An-cap ! an-cap !![51] crièrent les hommes de la jonque, et, affolés, ils se précipitèrent la face contre terre, devant l’autel du Bouddha, tandis qu’une horde de brigands, plus semblables à des démons qu’à des hommes, envahissaient la jonque par tous les côtés à la fois.
[51] Les pirates !
Yves avait saisi son revolver, et, au hasard, tira les six coups, mais le nombre des assaillants était trop considérable pour qu’il pût résister. En quelques minutes, malgré une lutte désespérée, il était garrotté et mis dans l’impossibilité de remuer. Quant à l’équipage, il n’avait pas fait la moindre tentative pour repousser l’attaque et s’était contenté de redoubler les cris, les prosternements et les supplications.
L’aube du jour éclaira un spectacle étrange et sinistre : les matelots de la jonque entassés dans un coin, bras et jambes liés, se répandaient en gémissements ; le malheureux patron, enchaîné étroitement, assistait impuissant au pillage de toutes ses richesses, et Yves, la mort dans l’âme, se voyait encore une fois le jouet de la destinée.
— Que vont-ils faire de nous ? demanda-t-il au Chinois.
Celui-ci, assis à terre, sa figure jaune devenue livide, les yeux distendus par l’angoisse, branlait la tête d’un mouvement machinal en répétant : — fini, tout ! — fini, tout !!
— Vont-ils nous tuer ? reprit Yves.
— Moi n’a pas connaître, moi n’a pas connaître, — fini, tout ! répondait le pauvre homme.
— Ils n’y gagneraient rien ; ne croyez-vous pas qu’ils nous garderont prisonniers jusqu’à ce qu’on leur envoie une grosse somme d’argent pour nous faire mettre en liberté ?
— Vous, riche. Y en a encore beaucoup piastres, mais moi, fini, tout ! Y en a faire tiet.