Disponibles dans le Computer Industry Almanach, document de référence sur l’évolution du cyberespace, les statistiques du 19 mars 1998 sur le pourcentage des connexions par nombre d’habitants montrent que la Finlande est le pays le plus branché avec 25% d’usagers, suivi par la Norvège (23%) et l’Islande (22,7%). Les Etats-Unis se trouvent au quatrième rang avec 20% d’utilisateurs. Onze pays ont une proportion d’internautes dépassant les 10%. La Suisse est le onzième pays avec 10,7%. En ce qui concerne la répartition des usagers à l’échelon mondial, les Etats-Unis sont largement en tête avec 54,68% des internautes, suivis par le Japon (7,97%), la Grande-Bretagne (5,83%) et le Canada (4,33%). Les chiffres montrent aussi que la place des Etats-Unis ne cesse de diminuer: 80% en 1991, moins de 65% en 1994, moins de 50% courant 1998 et une prévision de moins de 40% en l'an 2000. La France (1,18%) et la Suisse (0,77%) font partie des quinze pays les plus branchés.
Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, l’internet est encore anglophone à plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s'explique par trois facteurs : a) les premières années voient la création d’un grand nombre de sites web émanant des Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni; b) la proportion des usagers est encore particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde; c) l’anglais est la principale langue d’échange internationale.
A la suite des Etats-Unis et du Canada, le Royaume-Uni débute un important programme d’investissement sur cinq ans (1998-2002) dans le secteur des technologies de l’information. En dévoilant ce programme, Tony Blair, premier ministre, déclare le 16 avril 1998: "Nous sommes au coeur de la révolution de l’information. Il est vital que la Grande-Bretagne ouvre la voie afin que nous soyons les pionniers de l’Europe dans ce qu’on appelle l’âge de l’information." La moitié du budget de 600 millions de livres (920 millions d’euros) est consacrée à l’achat de matériel, et l’autre moitié à la formation. Le budget attribué à l’achat de matériel doit permettre le câblage des écoles britanniques, l’achat de 10.000 ordinateurs portables pour les professeurs, la mise en ligne des bibliothèques et la connexion à l'internet de tous les établissements de santé. Le budget attribué à la formation doit permettre de financer 40.000 équipements dans des établissements d’enseignement, et financer aussi des cours d’informatique pour les étudiants, les professeurs, les bibliothécaires et 200.000 salariés.
= Les pays en développement
A l’échelon mondial, l’accès universel aux autoroutes de l’information est loin d’être assuré. La télédensité varie de plus de 60 lignes téléphoniques pour 100 habitants dans les pays riches (par exemple 68 en Suède, 63 aux Etats-Unis, 61 en Suisse et au Danemark) à moins d’une ligne téléphonique pour 100 habitants dans les pays pauvres. L’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest disposent de la moitié des lignes téléphoniques dans le monde, alors que la moitié de la population mondiale n’a jamais utilisé un téléphone.
Lors d’un discours prononcé en octobre 1995 lors du septième Forum international des télécommunications à Genève, Nelson Mandela, président de l’Afrique du Sud, déclare que "les technologies de communication ne doivent pas être considérées comme un luxe, intervenant après le développement général du pays, mais comme l’une des convictions qui déterminent les capacités des pays en développement à engager la modernisation de leur économie et de leur société".
Dans les pays en développement, il est fort peu probable que les connexions à l’internet se fassent par le biais de lignes téléphoniques traditionnelles (à fils de cuivre) alors qu’il existera d’autres solutions technologiques dans quelques années, par exemple la radiotéléphonie cellulaire et la connexion par satellite. Les pays en développement possèdent un taux d’équipement en lignes numériques comparable à celui des pays industrialisés. La même remarque vaut pour le taux d’équipement en téléviseurs et en téléphones portables. Selon Philip Wade et Didier Falkland, le taux d’équipement en micro-ordinateurs pourrait suivre le même chemin si la fiscalité et les droits de douane ne sont pas trop élevés.
De l’avis de certains organismes, les nouveaux réseaux peuvent contribuer au développement économique des pays en développement. Plusieurs programmes sont lancés dans ce but, par exemple les programmes WorldTel et infoDev (abrégé de: The Information for Development Program) de la Banque mondiale. D’autres programmes concernent spécifiquement l’Afrique, par exemple @frinet (programme du Canada), AfriWeb (programme du Québec) ou encore un programme mis sur pied par les Etats-Unis au sein de l’USAID (U.S. Agency for International Development).
La démarcation entre info-riches et info-pauvres ne suit cependant pas systématiquement la démarcation entre pays développés et pays en développement. Quelques pays en développement, par exemple la Malaisie ou les pays d’Amérique latine, ont une politique très dynamique en matière de télécommunications. Un document préparatoire (Issues in Telecommunication Development) de la deuxième Conférence sur le développement des télécommunications dans le monde (Malte, 23 mars – 1er avril 1998) montre que plusieurs pays en développement, par exemple le Botswana, la Chine, le Chili, la Thaïlande, la Hongrie, le Ghana et l'Ile Maurice, réussissent à étendre la densité et la qualité de leurs services téléphoniques entre 1994 et 1997.
Président d’un groupement kenyan d’éditeurs et d’imprimeurs (Nation Printers and Publishers, devenu Nation Media Group en juillet 1998), Wilfred Kiboro déclare lors d'un colloque sur la convergence multimédia organisé par le Bureau international du travail (BIT, Genève, 27-29 janvier 1997): "Le coût de la technologie de l’information doit être ramené à un niveau abordable. Je rêve du jour où les villageois africains pourront accéder à internet depuis leur village, aujourd’hui privé d’eau et d’électricité." Il rappelle aussi que, dans de nombreux pays africains, le tirage des journaux est extrêmement faible comparé au chiffre de la population. Chaque exemplaire est lu par une vingtaine de personnes au moins. Les coûts de distribution pourraient fortement baisser avec la mise en service d’un système d’impression par satellite qui éviterait le transport des journaux par camion dans tout le pays.