Par ailleurs, en ce qui concerne les médias, les moyens d’impression et de radiotélédiffusion sont dans les mains de quelques grands groupes occidentaux. Les problèmes économiques sont doublés de problèmes culturels. Paradoxalement, les informations concernant l’Afrique à destination des Africains ne viennent pas du continent lui-même. Elles sont diffusées par des Occidentaux qui transmettent leur propre vision de l’Afrique, souvent sans réelle perception des véritables problèmes politiques, économiques et sociaux.
S’il est relativement facile pour la radio et la télévision, le contrôle de l’information risque d’être nettement plus difficile pour l’internet, même si des pays comme la Chine bloquent pour le moment l’accès à certains serveurs jugés politiquement ou moralement incorrects. La Chine dispose d’un internet national, le China Wide Web, dont le nombre d’abonnés passe de 100.000 en 1996 à 600.000 en 1997. Mis en place par la China Internet Corporation (CIC), société établie à Hong Kong, ce réseau d’affaires et d’informations est filtré et surveillé par les autorités chinoises. Comme l’écrit le cybermag Multimédium le 27 mars 1998, "tout cela respire la langue de bois, le totalitarisme et l'opportunisme à plein poumons, bien sûr. Mais qui sait si la logique libertaire du médium ne finira effectivement pas, un jour, par l'emporter sur l'idéologie? Ce fameux jour où la Chine se branchera…"
= L’internet comme passerelle
Le goufre entre info-riches et info-pauvres n’est pas seulement celui qui sépare les pays développés des pays en développement. C’est aussi, dans n’importe quel pays, celui qui sépare les riches des pauvres, ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas, ceux qui ont leur place dans la société et ceux qui en sont exclus. Outil de communication, l’internet peut être une passerelle au-dessus du goufre, comme le montre un encart de la revue Psychologies de mai 1998: "Aux Etats-Unis, un mouvement voit le jour: la confiance en soi… par internet! Des milliers de sans-abri ont recours au réseau pour retrouver une place dans la société. Non seulement le net fournit une adresse à qui n’en a pas et ôte les inhibitions de qui redoute d’être jugé sur son apparence, mais c’est aussi une source d’informations et de contacts incomparable. Bibliothèques et associations d’aide au quart-monde l’ont bien compris: des salles informatiques, avec accès à internet, animées par des formateurs, sont ouvertes un peu partout et les mairies en publient la liste. A travers le e-mail (courrier électronique), les homeless (sans-abri) obtiennent les adresses des lieux d’accueil, des banques alimentaires et des centres de soins gratuits, ainsi qu’une pléthore de sites pour trouver un emploi. A 50 ans, Matthew B. a passé le quart de sa vie dans la rue et survit, depuis trois ans, d’une maigre subvention. Il hante la bibliothèque de San Francisco, les yeux rivés sur l’écran des ordinateurs. "C’est la première fois, dit-il, que j’ai le sentiment d’appartenir à une communauté. Il est moins intimidant d’être sur internet que de rencontrer les gens face à face."
2. L’INTERNET DANS LA FRANCOPHONIE
[2.1. Le développement du web francophone / 2.2. Un exemple: la toile littéraire francophone]
En décembre 1997, Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web, déclare à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève: "Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d’informations sur le web? Est-ce qu’ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture française n’a rien à offrir? C’est de la folie, l’offre est évidemment énorme." C’est chose faite l'année suivante. De nombreux sites français, belges et suisses viennent se juxtaposer aux sites québécois déjà présents.
2.1. Le développement du web francophone
= Le Québec est pionnier
Les Québécois sont présents sur le web dès ses débuts, contrairement aux Français, qui tardent à se manifester. En 1998, les Québécois attendent de pied ferme l’arrivée en masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10 février 1998, lors d’une entrevue accordée au cybermag Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications au Québec, déclare: "J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai pas." A cette date, le Québec (6 millions d’habitants) propose plus de sites web que la France (60 millions d’habitants). La ministre attribue le retard de la France à deux facteurs: d’une part les tarifs élevés du téléphone et du minitel, d’autre part les transactions commerciales possibles depuis plusieurs années sur le minitel, ce qui freine les débuts du commerce électronique sur l’internet.