Techniquement parlant, on s’interroge souvent sur le retard de l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Qu’en pense Tim Berners-Lee, le créateur du web? Interviewé en décembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève, il répond en expliquant l’avance des Etats-Unis par les gros investissements faits par le gouvernement. Il insiste aussi sur l’avance technologique de l’Europe dans d’autres domaines connexes, par exemple le minitel, les cartes à puce et les téléphones cellulaires.

1.2. Un outil de diffusion

= Le développement de l’internet

Sur le site de l’Internet Society (ISOC), organisme professionnel international coordonnant le développement du réseau, le document A Brief History of the Internet propose de l’internet une triple définition. L’internet est: a) un instrument de diffusion internationale, b) un mécanisme de diffusion de l’information, c) un moyen de collaboration et d’interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio ou ordinateur), l’internet révolutionne de fond en comble le monde des communications. Il représente un des exemples les plus réussis d’interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement d’une infrastructure de l’information, tous deux l’objet d’un réel partenariat entre les gouvernements, les industries et les universités.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), Bruce Sterling décrit pour sa part le développement spectaculaire de l’internet dans Short History of the Internet. L’internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires ou les télécopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre des machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol) a doublé depuis 1988. D’abord présent dans l’armée et dans les instituts de recherche, l’internet déferle dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il est également pris d’assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s’intéresse aussi aux raisons pour lesquelles on se connecte à l’internet. Une des raisons essentielles lui semble être la liberté. L’internet est un exemple d’"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n’y a pas de société régissant l’internet. Il n’y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de comités de direction ou d’actionnaires. Toute personne peut parler d’égale à égale avec une autre, du moment qu’elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement techniques.

L’internet est aussi une bonne affaire commerciale. Contrairement à la téléphonie traditionnelle, il n’existe pas de frais longue distance. Et, contrairement aux réseaux informatiques commerciaux, il n’existe pas de frais d’accès, excepté l’abonnement pour se connecter. En fait, l’internet, qui n’existe même pas officiellement en tant qu’entité, n’a pas de facturation propre. Chaque fournisseur d’accès internet (FAI) est responsable de ses propres machines et de ses propres connexions.

Les internautes constituent toutefois une véritable communauté représentée par
plusieurs organismes internationaux, par exemple l’Electronic Frontier
Foundation (EFF), l’Internet Society (ISOC) et le World Wide Web Consortium
(W3C).

Fondée en 1990, l’Electronic Frontier Foundation (EFF) est un organisme de défense des libertés civiles qui oeuvre dans l'intérêt public pour protéger le respect de la vie privée, la liberté d’expression, l’accès en ligne de l’information publique et la responsabilité civile dans les nouveaux médias.